Numéro 1219 - 15.04.2013 - 5 Iyyar 5773       Imprimer

A LA UNE

De la commémoration à la fete

A 11 heures ce matin, les sirènes ont retenti dans tout le pays, durant deux minutes, pour marquer le Jour du Souvenir – Yom HaZikaron –, à la mémoire des 25.578 victimes, soldats et civils tombés au combat ou sous les attaques du terrorisme, morts pour Israël.

Ces journées du lundi 15 et mardi 16 avril, vont faire brutalement passer les Israéliens de la douleur (et de la réflexion autour des guerres et des attaques qui ont ensanglanté l'histoire du pays en seulement soixante-cinq années d'existence) aux explosions de joie et de fierté nationale qui marquent la célébration de la déclaration d'Indépendance, le Yom Haatsmaout.

Ce basculement soudain, en toute fin du Yom Hazikaron, symbolise l'essence même du pays et de son mode de vie, un pays qui va à cent à l'heure et qui ne s'attarde pas à contempler ses plaies et prend tout juste le temps d'en retirer la force nécessaire pour aller de l'avant, construire et bâtir.

"Nous sommes ici grâce au mérite des combattants d'Israël qui ont rejoint la lutte pour l'existence, par le mérite de ceux qui ont survécu aux guerres, par le mérite de ceux qui sont tombés. Nous n'oublions pas, même pour une seconde, que nous sommes ici grâce à leur sacrifice", avait déclaré dimanche matin le Premier ministre israélien au début de la réunion hebdomadaire du Cabinet.

Ils sont 23.085 membres des forces de sécurité du pays, hommes et femmes, à être décédés en service actif (que ce soit sur le champ de bataille, d'accident) auxquels il faut rajouter les 2.493 civils tués au cours des guerres ou dans des attaques terroristes.
Cette dernière année, 92 noms ont été ajoutés à cette liste parmi lesquels ceux des victimes de l'opération Pilier de Défense et les victimes de l'attentat terroriste de Burgas en juillet 2012.

Des millions d'Israéliens se déplaceront dans les cimetières de tout le pays dimanche soir et lundi toute la journée pour honorer leurs défunts.
Mais pour le Premier ministre israélien, les cérémonies ont débuté samedi soir la une visite privée qu'il a effectuée en compagnie de sa femme, Sarah, au cimetière du Mont Herzl à Jérusalem où repose son frère, Yoni, tué en juillet 1976 alors qu'il dirigeait le commando parti libérer les otages israéliens à l'aéroport d'Entebbe.

Lundi dans la matinée, les enfants dans les écoles ont participé eux aussi à des cérémonies marquées de chants et d'histoires extraites des vies des héros illustres ou anonymes, fauchés par les guerres ou le terrorisme.
Enfin à la nuit tombée, Israël basculera dans les célébrations joyeuses de Yom Haatsmaout avec feux d'artifice, animations et concerts.

Monde orthodoxe : des zones autonomes au milieu d'Israël

Rassembler la population orthodoxe d'Israël dans une zone d'Israël qui deviendrait autonome, une proposition qui fait son chemin.

C'est un influent média d'un monde orthodoxe qui fait cette proposition : rassembler la population orthodoxe israélienne dans une zone où elle pourrait vivre "immunisée" de l'influence de la population laïque.

Alors que la Knesset va devoir produire une loi pour remplacer l'ancienne loi Tal – jugée inconstitutionnelle par la cour suprême- qui traite du service national pour les jeunes orthodoxes et planche sur des réductions des budgets alloués aux institutions juives orthodoxes, Hamodia, le journal qui est aussi est le porte parole quasi officiel d'Agoudat Israël, un des partis orthodoxes (au sein de Judaïsme Unifié de la Torah) explique que "l'autonomie" serait la meilleure réponse "aux intrusions du monde laïc".

Et Hamodia précise sa vision : " autonomie signifie indépendance administrative pour les affaires internes mais sans souveraineté politique : une indépendance juridique et économique, la gestion des affaires de police mais sans armée ni politique étrangère".
L'éditorial du journal commence par une charge contre les sionistes religieux (Habayit Hayehudi) en raison de leur alliance avec le parti laïc de Yaïr Lapid, Yesh Atid, un parti qui "serait en contradiction avec les principes du judaïsme orthodoxe".

" Ils ont choisi de renoncer au status quo, influencés par une Haute Cour de justice soutenue par un média de gauche antisémite " -allusion probable au quotidien Haaretz- poursuit l'éditorial.
Poursuivant par un "listage des menaces: conversions provocatrices, mariages civils, tracasseries contre le monde orthodoxe", l'éditorialiste en conclut que, sans changements, "il faudra considérer l'option d'une autonomie juive en Israël même".

Selon Hamodia, cette "zone autonome" serait viable car la population pourra trouver du travail "sans avoir à passer de diplômes et sans subir de discrimations", d'autant qu'il ne serait plus nécessaire de dépenser d'argent " pour le sport, la culture, les prisons ou les centres de réinsertion".
Pointant le succès de villes telles que Bnei Brak, Elad ou Mod'iin Ilit, le journal estime que cette autonomie "est parfaitement réalisable : nous établirons des compagnies d'électricité, des routes et tout ce qui est nécessaire" poursuit l'article.
Les deux partis religieux orthodoxes (Shas et Judaïsme Unifié de la Torah) ne sont pas, pour la première fois depuis des décennies, dans la coalition gouvernementale.
Une situation qui va probablement renforcer le poids des courants religieux sioniste et laïc sur la société israélienne et les lois qui seront votées, notamment celles concernant le "service national pour tous", qui vise à incorporer tous les israéliens – ou presque -, même le public orthodoxe et les arabes israéliens dans un processus de service national, militaire ou civique.
Le monde orthodoxe est, dans sa grande majorité, opposé à l'idée du service national.

Un début de désintégration de l'Autorité palestinienne

La démission du Premier ministre palestinien, Salam Fayyad samedi soir est un spectaculaire développement qui aura des répercussions internationales.

Elle ne révèle pas seulement la réalité de ce qu'est l'Autorité palestinienne, mais aura également des répercussions sur les politiques américaine, bien entendu israélienne, mais probablement aussi sur la politique étrangère européenne dans cette région du monde.

Pour les Etats-Unis et l'Union européenne, pour la plupart des pays arabes qui fournissent une aide économique à l'Autorité palestinienne, Fayyad était "l'homme de la situation" : formé aux USA, ancien économiste du Fonds Monétaire International, il avait su construire une "bonne gouvernance" et lancer une lutte efficace contre la corruption.
Ses efforts pour construire les infrastructures d'un état – à partir de pas grand-chose – étaient reconnus et avaient le soutien de la communauté internationale.

Un succès qui contenait lui-même les germes de sa démission.
Fayaad, Premier ministre depuis 2007, a vu ses relations se dégrader régulièrement avec Mahmoud Abbas, au point qu'elles étaient devenues exécrables; la rumeur de sa démission courait déjà depuis plusieurs semaines.
Abbas et la vieille garde du Fatah qui constitue ses conseillers voyaient en lui un rival certain pour la Présidence palestinienne, un rival à abattre.
Sa démission est un révélateur des dérives et de la désintégration de l'Autorité palestinienne.

Pour survivre politiquement, Mahmoud Abbas a instauré un régime quasi autocratique : la presse est muselée, tout comme l'opposition – il n'y a guère que les groupes radicaux comme le Hamas ou le Djihad islamique qui arrivent à imposer leur expression.
Le gouvernement est un gouvernement croupion qui ne fonctionne que sous la houlette d'Abbas; seul Salam Fayaad parvenait à imposer sa gouvernance.

Or la popularité du Premier ministre avait largement dépassé les capitales européennes et Washington pour se développer dans les territoires palestiniens.
Il était aussi l'empêcheur de corrompre en rond dans le gouvernement palestinien, refusant de verser des fonds à des ministères, lorsque leur usage n'était pas justifié : il devenait un obstacle sérieux sur le chemin des ambitions politiques – et surtout économiques – de nombre de responsables palestiniens.
D'autant que la crise économique sévère qui frappait l'économie palestinienne était une véritable épine dans le pied de l'establishment palestinien : le mécontentement populaire à l'égard du chômage et de la hausse des prix a savamment était redirigé vers Fayyad et son gouvernement.

Le tournant dans les relations entre Abbas et Fayyad a été la décision du Président de l'Autorité palestinienne d'aller devant l'Assemblée générale de l'ONU pour obtenir le statut d' "état observateur non membre". Fayyad y était opposé, jugeant la mesure par trop symbolique au regard des dommages qu'elle pouvait créer dans les relations avec les Etats-Unis et Israël – et notamment du risque de représailles économiques.

Fayyad avait raison : Israël a bloqué le transfert de taxes collectées pour le compte de l'Autorité palestinienne pour éponger les "ardoises" de celles-ci à l'égard de sociétés israéliennes, notamment une dette envers la compagnie israélienne d'électricité et d'autres fournisseurs (une dette qui dépasserait le demi milliard de dollars).
Ce blocage –temporaire puisqu'en janvier Israël a repris ses paiements – a aggravé l'insolvabilité palestinienne.

Au cours de l'année 2012, Fayyad a remis sa démission à plusieurs reprises, y renonçant à chaque fois sous les pressions américaine et européenne.
L'élément déclencheur a été cette fois ci la démission du ministre dont il était le plus proche, Nabil Kassis, le ministre des Finances de l'Autorité palestinienne.

Kassis, soumis à de violentes critiques en raison de la crise économique, a présenté sa démission à Fayyad qui l'a acceptée.
Abbas, qui était comme souvent en voyage à l'étranger, a exigé que Fayyad reprenne la démission du ministre des Finances, ce que la Premier ministre a refusé, arguant qu'il s'agissait d'une décision relevant du Premier ministre – à l'image de ce qu'Abbas avait demandé de Yasser Arafat, au même poste.

John Kerry, le Secrétaire d'Etat américain et plusieurs de ses collègues américains ont tenté de convaincre Salam Fayyad de revenir sur sa démission, sans succès.

Le départ du Premier ministre palestinien – qui était demandé par le Fatah et le Hamas – pose désormais le problème de l'aide internationale apportée aux palestiniens, et de sa continuité : sans garanties en matière de corruption et quant à son usage, certains pays donateurs pourraient suspendre leur aide.

De la même manière, il est peu probable qu'Israël se lance dans une politique de soutien à l'économie palestinienne sans garantie.
La crise économique pourrait ainsi s'aggraver avec, au bout de la route, le risque d'aggravation des troubles et des violences.

Sa démission pourrait également handicaper les efforts américains de relancer le dialogue entre israéliens et palestiniens : si Fayyad n'avait pas directement " la main" sur les négociations, sa présence rassurait; il sera difficile désormais aux américains et européens de s'appuyer sur une autre figure "responsable" du gouvernement palestinien.

Quand au gouvernement israélien, il est embarrassé, en particulier en raison de son ambivalence à l'égard de Salam Fayyad : d'un côté, il voyait en lui un partenaire sérieux en matière économique et de coopération sécuritaire, mais l'état hébreu le considérait toutefois comme une menace en raison de ses avancées dans la crédibilisation des infrastructures d'un futur état palestinien.
Israël n'a probablement pas aidé à sa survie politique.


LIBRE OPINION

Yom A Zikaron, par Gil Taïeb

Toutes les périodes de l'année sont belles pour se rendre en Israël et visiter ce merveilleux pays mais il y a des jours où être en Israël prend encore plus de sens.

Aujourd'hui et les jours qui suivent en font partie.

Alors que le soleil arrose tout le pays, que partout fleurissent les drapeaux bleu et blanc frappés de l'étoile de David et que dans chaque foyer, chaque école, dans toutes les rues, on s'apprête à fêter demain soir et mardi le 65ème anniversaire de l'Etat d'Israël dans la joie et le bonheur, ce soir et demain le pays va s'arrêter et se recueillir.

Plus d'un million et demi d'Israéliens vont se rendre dans les cimetières militaires afin de fleurir et d'honorer la mémoire des 25578 d'entre eux qui sont morts pour que soit créé et que vive l'Etat juif.

25578 hommes, femmes et enfants qui depuis les premiers Yshouv de 1860 ont défendu la terre d'Israël contre tous les ennemis qui à ce jour n'ont pas abandonné leur désir d'éliminer de la carte le seul état juif de la planète !
Pas une famille n'a été épargnée, pas un d'entre nous ne peut rester insensible à ce jour difficile.

Ce soir à 20h heure israélienne (19h heure française), une longue minute, une puissante sirène raisonnera dans tout Israël et alors tout s'arrêtera.

Pas un bruit, pas un mouvement, mais du recueillement.
Une minute pour se souvenir, une minute pour revoir les visages de ceux qui ont disparu, une minute pour réfléchir et penser au prix de la liberté.

Une minute pour se réapproprier notre Histoire et notre destin commun.
Une minute pour se renforcer et promettre à ceux qui ne sont plus, qu'ils n'ont pas été oubliés et que leur sacrifice n'a pas été vain.
Lundi, toute la journée, les familles des endeuillés seront visitées et parleront de leurs enfants ou parents perdus.
Toute la journée, par les mots et le souvenir, les 25578 disparus seront présents.

Ce ne sera qu'après nous être souvenus et recueillis que demain nous aurons alors le droit et le devoir de nous réjouir et fêter dans la liesse le jour de l'Indépendance, au nom de ceux qui ne sont plus et pour l'avenir de nos enfants et des générations à venir.


DEFENSE

OTAN : qui bloque vraiment Israël

L'OTAN a initié en 2004 un groupe de concertation intitulé Dialogue méditerranéen, qui réunit Israël et six pays arabes.

Officiellement, la Turquie et l'Égypte estimeraint que "ce n'est pas le bon moment" pour reprendre des réunions entre Israéliens et pays arabes dans le cadre de l'OTAN.

Le groupe qui rassemble, outre, Israël, l'Égypte, le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie, l'Algérie et la Jordanie, avait pour objectif de contribuer à la sécurité et la stabilité régionales.
Il s'est réuni, au niveau des ministres des Affaires étrangères, pour la dernière fois à l'été 2008.

"Le secrétaire général avait l'intention d'inviter les ministres des Affaires étrangères des pays du Dialogue méditerranéen, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN qui doit se tenir le 23 avril prochain mais la Turquie, membre de l'OTAN, a mis son veto", rapporte un diplomate occidental cité par le quotidien turc, Hürriyet, ajoutant que l'Égypte et la Tunisie ne souhaitaient pas non plus qu'une telle réunion ait lieu à ce stade.

Un diplomate turc a rejeté l'argument selon lequel Ankara s'est opposé à cette réunion en raison de la présence d'Israël dans le groupe, rappelant que son gouvernement avait commencé à autoriser la participation d'Israël à des réunions politiques de l'OTAN en décembre 2012.

La Turquie avait toutefois opposé son veto à la participation israélienne au sommet de l'OTAN à Chicago en mai 2012, ainsi que à une demande israélienne d'avoir un bureau permanent à l'OTAN.
Les puissances occidentales espéraient que les réunions du Dialogue méditerranéen pourraient reprendre au niveau ministériel après les excuses d'Israël formulées par le Premier ministre israélien à la Turquie fin mars.


Vos contributions

Témoignage : le nounours et la vareuse, par M. Simah

C’est aussi cela etre Israélien, vivre ces cérémonies du souvenir qui s’enchaînent de semaine en semaine.

Du Yom HaShoah au Yom HaZikaron pour finir dans l’explosion de joie, de son et de lumière du Yom HaHatsmaout.

Mais en attendant, les feux d’artifice, les chants, les danses (et les odeurs de barbecue), il nous faut vivre l’épreuve des commémorations, solennelles, douloureuses, réglées comme du papier à musique.
Les Israéliens que l’on dit volontiers désordonnés, brouillons et constamment dans l’improvisation font preuve à cette occasion d’un sens de l’organisation, du rituel millimétré et du respect du cérémonial impressionnant.

Dans les multiples célébrations auxquelles il m’a été donné d’assister depuis ces quelque huit années, je n’ai jamais entendu une mouche voler dans le public, un petit doigt bouger et ceux qui, sur la scène, enfants ou adultes, lisent des textes, chantent ou jouent des saynettes sont pénétrés de leur mission.

On dit qu’en Israël, pas une famille, pas un individu n’est épargné.
Chacun, chacune, dans son entourage proche, familial, amical, professionnel a dû éprouver la perte d’un des siens.

Pour nous qui sommes "nouveaux" et qui, par la grâce de D-ieu, n’avons pas eu à souffrir dans notre chair ni de la Shoah, ni des guerres, ni du terrorisme, il nous a fallu du temps pour rentrer dans le "rythme", pour le comprendre.

Il nous était d’autant plus important en revanche de n’en rien rater pour, peu à peu, avec les années, non seulement nous y associer par la présence mais nous identifier corps et âme à cette histoire devenue pleinement la nôtre.

Ce serait se mentir que de dire que, du jour de notre alya, nous avons, en même temps que rangé la Téoudat zéout dans notre poche, éprouvé dans notre cœur les mêmes douleurs que ces mères, ces pères, ces frères et ces sœurs, ces orphelins et ces compagnons d’armes.

De la compassion, énormément, non dénuée d’une certaine frayeur, d’une angoisse sourde, mise à distance comme pour nous protéger.
Mais aujourd’hui, dans l’école de mon fils, pour la première fois, il m’a été donné non pas de comprendre mais de vivre le yom Hazikaron, par le mérite d’une petite saynète interprétée par une adolescente de 13 ans, toute menue, toute fragile dont je savais que la famille avait payé par deux fois un lourd tribut à la défense d’Israël et à la terreur aveugle puisque, entre autres, l’un de ses cousins avait été, avec sept autres jeunes garçons âgés de 15 à 18 ans, fauché dans l’attentat de la Yechiva Merkaz Harav le 6 mars 2008.

Elle s’avance sur la scène improvisée dans le hall de l’école.
Sa tête est recouverte d’un foulard, elle est vêtue d’un tablier et porte contre elle une lourde corbeille à linge.
On avise alors cette corde tendue au-dessus d’elle et qui traverse la scène, parsemée de pinces à linge.
On comprend aussitôt.

Cette mère en étendant son linge, va se remémorer un fils, un père… On croit comprendre.
La petite pose sa corbeille et puise dedans… une couche de bébé. Insolite.
Mais personne ne rit.
Elle l’accroche consciencieusement.

Elle plonge à nouveau sa main et en sort… un vieux nounours en peluche tout fripé qu’elle lisse du plat de la main, presse sur son cœur puis, hésitante, comme à regret, accroche à la corde.

Ses mains à nouveau d’enfoncent dans la corbeille et brandissent un à un une paire de lunettes attachées par un cordon, un vieux sac d’écolier, un boîtier de téphilines, un talit, une vareuse kaki…
La jeune fille a dû mal à maîtriser son émotion et c’est en larmes qu’elle termine son petit sketch qui n’en est pas un, qui est, au-delà des mots et de tous les discours, l’expression crue de notre réalité, notre vie israélienne.


SYRIE

Syrie : de l'atropine pour les soldats israéliens

Alors que la guerre civile syrienne entre cette semaine dans sa troisième année, des signes de plus en plus précis abondent quant à l'usage d'armes chimiques par les deux côtés du conflit.

Depuis février, les États-Unis, Israël, Ankara et Amman savent que Bachar al-Assad veut passer des menaces au recours effectif de gaz et d'armes chimiques au cas où les rebelles se rapprocheraient du cœur de Damas.

Une mise en garde extrêmement claire relayée, de façon anonyme, le 3 avril par un officier de l'armée syrienne : "En continuant à avancer sur Damas, a-t-il fait savoir, les rebelles et leurs dirigeants sont assurés d'une mort certaine.".
À peu près au même moment, le dirigeant syrien a ordonné d'équiper les 3ème et 4ème divisions qui défendent la capitale de combinaisons de protection et de masques à gaz.
Les chefs des unités de blindés ont reçu l'ordre d'activer leurs systèmes de filtrage contre les agents chimiques et biologiques.

D'autres équipements de même type ont été pareillement distribués aux unités de l'armée syrienne combattant dans le sud de la Syrie et le Golan, dans l'enclave qui sépare la Syrie d'Israël depuis la trêve qui a mis fin à la guerre de Kippour en 1974.

Toutes ces étapes ont été soigneusement enregistrées par le centre de commandement commun contre la guerre chimique mis en place entre les États-Unis, Israël, la Turquie et la Jordanie.
Au cours de ces derniers jours, ce centre a demandé aux troupes israéliennes de commencer la distribution de doses d'atropine – un antidote très efficace qui bloque les agents neurotoxiques.
Mais Israël pourrait également fournir également des doses en perfusion aux rebelles syriens, ce qui marquerait le premier engagement effectif de l'état hébreu dans la guerre civile syrienne.

Il est probable que le commandement syrien, averti par ses alliés russes, iraniens ou chiites du Hezbollah, aura noté cette intervention israélienne.

Ce qui pourrait expliquer que pour la première fois en trente-quatre ans, la Syrie ait tiré des obus sur une patrouille de Tsahal le vendredi soir 12 avril, dans la région nord du Golan près du kibboutz El-Rom.
Personne n'a été blessé, mais afin de dissuader les Syriens de renouveler ce genre d'attaque, l'artillerie israélienne a répliqué en lançant un missile Tamuz sur un poste de l'armée syrienne.

La divulgation le 12 avril dans le Times de Londres que des échantillons du sol syrien provenant de la périphérie de Damas – sortis clandestinement du pays – étaient souillés de résidus chimiques, a clairement fourni la preuve que des armes chimiques avaient été employées, sans qu'il soit possible de savoir lequel des deux belligérants en avait fait usage, ni d'identifier le type de gaz utilisé.

Il est même probable que si les renseignements britanniques possédaient ces informations, ils ne les rendraient pas publiques, pour ne pas mettre la pression sur Barak Obama – qui a plus d'une fois assuré que ce serait la ligne rouge à ne pas franchir – avant que celui-ci ne soit réellement prêt à intervenir.


ALLEMAGNE

Cologne : un millénaire de vie juive révélé

Des fouilles archéologiques dans l'ouest de l'Allemagne ont mis à jour des traces innombrables de la vie quotidienne dans une des communautés juives les plus anciennes et les plus grands d'Europe.

Quelque 250.000 objets ont mis en lumière différentes périodes, étalées sur les 2000 ans d'histoire de la ville de Cologne.
Depuis les plats en céramique aux outils, en passant par les jouets, les os d'animaux et les bijoux, ces vestiges étonnants racontent l'histoire juive peu connue mais riche de Cologne.

"Pendant très longtemps, les archéologues ont tout simplement ignoré le passé juif de Cologne", déplore le responsable des fouilles, l'archéologue Sven Schuette qui mène le projet depuis 2007 sur une zone de 10 000 mètres carrés en plein centre-ville.
"Tout ce qui n'était pas d'origine romaine n'intéressait personne ; sur le Moyen-âge, il y avait donc très peu de matière et les Juifs n'étaient pas censés avoir joué de rôle".

Du Xème au XIIème siècle, avec environ 50.000 habitants, Cologne - aujourd'hui la quatrième plus grande ville d'Allemagne - était l'une des plus grandes villes d'Europe, avant même Paris ou Londres. Sa communauté juive, prospère, a compté jusqu'à 1000 individus à son apogée.

L'histoire du quartier juif de la ville s'étend sur mille ans, de l'Antiquité tardive au Moyen-âge ; il était ouvert, et accolé à l'imposant palais du gouverneur romain devenu plus tard l'hôtel de ville.
"Les fouilles montrent que les juifs de Cologne étaient en bons termes avec les chrétiens, une cohabitation qui a connu de longues phases de paix et d'harmonie", raconte Sven Schuette qui souligne l'autel de style gothique et richement décoré de la synagogue qui, selon lui, a dû être construit par des artisans, éventuellement français, qui travaillaient parallèlement sur le chantier de la cathédrale voisine.

Sur des fragments d'ardoise, il a trouvé des inscriptions en hébreu, des listes qui rendent compte, au travers de l'enseignement dispensé aux enfants, des aspects de la vie quotidienne du Moyen-âge : certaines lois et règlements, l'épopée paillarde d'un Chevalier et même la liste des clients d'une boulangerie.

Deux événements ont sonné le glas du quartier juif : un massacre mené par les Croisés en 1096 suivi, en 1349, de l'annihilation quasi totale et de l'expulsion de la communauté, lorsque les chrétiens ont accusé les Juifs d'être à l'origine d'une épidémie de peste noire.

Les archéologues espèrent voir leurs trésors exposés dans le nouveau musée de Cologne en 2017. Mais ce projet sème la discorde. Berlin accueille déjà un grand musée juif et les critiques soutiennent que Cologne ne peut pas se permettre un nouveau projet culturel alors les comptes de la ville sont déjà dans le rouge.

À ce jour, quelques 2800 personnes ont signé une pétition contre le musée.
Une valise vide, assortie d'une croix gammée, a même été placée récemment sur le site, déclenchant une fausse alerte à la bombe.


MONDE JUIF

Le Portugal veut ses juifs

Le Parlement portugais va devoir se prononcer sur les juifs, ou plus exactement sur les juifs du pays.

Les députés vont en effet devoir voter –ou pas – une loi qui prévoit de naturaliser les descendants des juifs qui ont quitté le pays au 16è siècle, victimes des persécutions de l'antisémitisme chrétien.

Le projet de loi a été soumis en première lecture par le parti socialiste portugais, qui a également le soutien du parti social démocrate, selon le Président de la petite communauté juive portugaise, Jose Oulman Carp.
Un projet qui a donc toutes les chances d'être adopté puisque les deux partis dominent plus des trois-quarts de la Chambre.

L'Inquisition portugaise a provoqué l'exil de dizaine de milliers de juifs du Portugal, dès 1536, contraignant les autres à des conversions forcées.
La population juive était estimée, à l'époque à 400 000 personnes, dont une large majorité en provenance d'Espagne – à la suite de l'expulsion des juifs en 1492.
L'Espagne pourrait d'ailleurs voter une loi similaire – voir notre édition du 26 novembre 2012.

"Il est encore impossible de savoir combien de personnes pourraient être concernées ou intéressées", commente Jose Oulman Carp qui espère que cette mesure pourrait donne un nouveau souffle à cette petite communauté de 1500 âmes aujourd'hui.
La communauté juive devrait être impliquée dans l'application de la future loi, si elle est finalement votée.

Une loi qui a trouvé un large soutien populaire, comme pour faire "amende honorable" d'un chapitre sombre de l'histoire, alors que selon Carp, "le Portugal n'est pas antisémite".
Certains espèrent aussi, après cette loi, attirer des investisseurs juifs dans un des pays d'Europe dont l'économie est la plus fragile.


ENERGIE

Noble Energy - Du gaz israélien pour l'allié du Hamas

La société américaine Noble Energy, le plus important partenaire des sociétés israéliennes exploitant le gisement gazier de Tamar aurait l'intention de travailler sur le lancement d'un projet qui associerait Israël et La Turquie.

Alors que les deux puissances régionales tentent de normaliser leurs relations depuis deux semaines – avec un succès plus que mitigé -, Charles Davidson, le directeur général de noble Energy travaille sur l'idée d'un pipeline qui permettrait d'acheminer le gaz israélien vers la Turquie.

Selon lui, Noble Energy espère doubler la production dans les cinq ans à venir – et voir ainsi ses ressources tirées du gisement doubler.
On sait que la Turquie est intéressée à diversifier son approvisionnement pour contrecarrer la toute puissance du tout-puissant fournisseur de gaz russe, Gazprom.

Encore faut-il qu'Israël prenne la décision de d'exporter son gaz et que les relations entre les deux pays s'améliorent suffisamment pour que l'état hébreu accepte de livrer Ankara.
On n'en est encore loin : la Turquie bloque encore la participation d'Israël aux activités de l'OTAN (voir notre article).

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a, à plusieurs reprises depuis qu'il est au pouvoir, manifesté la volonté de se rendre dans la bande de Gaza.
La dernière en date, il y a quinze jours, a provoqué la colère des Etats-Unis, dont les pressions ont, dans un premier temps, conduit au report de la visite.
Mais dimanche, Erdogan a annoncé qu'il se rendrait "prochainement" dans l'enclave; il n'a pas donné de dates précises, mais a spécifié que ce déplacement se tiendrait vers la fin mai.

Erdogan doit effectuer un déplacement officiel aux Etats-Unis cette semaine et rencontrer Barack Obama le 16 mai à Washington.
Une annonce qui sonnera comme une déception aux Etats-Unis où Barack Obama - qui a pesé de tout son poids sur Benjamin Netanyahou pour obtenir des excuses israéliennes sur l'arraisonnement du Mavi Marmara -, espérait avoir dissuadé le dirigeant turc de pencher "de l'autre côté".

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