Un défi: se débarrasser des insurgés afghans
© LE TEMPS - Richard Werly
La conférence internationale de La Haye s’est achevée mardi sur un constat sans cesse réitéré à Kaboul: gagner la guerre militairement ne suffira pas. Explications.
«Promouvoir la bonne gouvernance, consolider le développement économique, mieux combattre le trafic de drogue».
Réunis mardi à La Haye, les représentants des 80 pays et organisations conviés au chevet de l’Afghanistan ont calqué leurs conclusions sur un adage sans cesse entendu à Kaboul: gagner militairement la guerre ne suffira pas pour rétablir une paix durable et venir à bout de l’insurrection.
«Nous manquons terriblement d’une stratégie civile coordonnée, confirmait-on hier dans l’entourage du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon. Or le défi de 2009 est en priorité politique.» Dans le collimateur? Les élections générales du 20 août et les accusations de corruption portées contre le président sortant Hamid Karzaï, candidat et jugé grand favori, malgré ses relations tendues avec la nouvelle administration américaine et son émissaire pour l’Afghanistan et le Pakistan, Richard Holbrooke. «Plus que jamais, notre objectif doit être de rendre les clés aux Afghans en laissant derrière nous un Etat stable», juge Pierre Lellouche, représentant spécial français. «Ce qu’il faut, c’est déraciner les talibans», complète le porte-parole de l’ONU à Kaboul, Adrian Edwards.
La réunion de La Haye devait moins accoucher de décisions que de recommandations pour la coalition, après la révision de la stratégie américaine et l’envoi de renforts supplémentaires annoncés par Barack Obama le 27 mars, et avant le sommet de l’OTAN des 3 et 4 avril à Strasbourg-Kehl. Quatre priorités en résultent: l’intensification de la formation de l’armée nationale afghane (ANA), la reprise en main de la police (lire ci-dessous), la nécessité d’une approche régionale et le grand retour de l’aide civile et humanitaire, trop délaissée au profit du déploiement des 70 000 soldats de la Force internationale d’assistance et de sécurité (ISAF) et de l’opération «Liberté immuable» de lutte contre les talibans et Al-Qaida.
Le chantier de l’armée est désormais la priorité de l’OTAN. Avec, sans le dire, un nouveau partage des rôles: «A la coalition de former et d’encadrer les militaires afghans explique un officier de l’ISAF. Aux Américains, aidés de quelques pays volontaires, la contre-insurrection.» Le secrétaire général de l’Alliance, Jaap de Hoop Scheffer, a demandé à La Haye la création d’un fonds pour la formation de l’ANA, qui doit passer de 80 000 soldats actuellement à près de 140 000. Cette mission repose pour l’essentiel sur les Operating and Mentoring Liaison Teams (OMLT), équipes d’instructeurs intégrées aux bataillons afghans. L’OTAN estime son coût à 2 milliards de dollars par an.
L’autre acquis de La Haye est la prise en compte de la dimension régionale. Le président Barack Obama a consacré cette priorité le 27 mars, en annonçant – sous condition – un triplement de l’aide américaine au Pakistan, à 1,5 milliard de dollars par an d’ici à 2014. Les présidents afghan et pakistanais se rencontreront ce mercredi à Istanbul, sous l’égide de la Turquie. Mais une nouvelle équation s’est ajoutée à La Haye: celle de l’Iran, invité pour la première fois à un tel sommet. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères y a affirmé que son pays était «prêt à participer à la reconstruction», en évoquant la nécessité d’un départ des troupes étrangères et d’une «afghanisation». Une rencontre «fortuite» a eu lieu avec Richard Holbrooke. «Or discuter avec Téhéran, cela veut dire préparer le futur», estime un diplomate.
Le retour aux réalités semble enfin s’imposer dans le domaine de l’aide civile, alors qu’Oxfam et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) tirent le signal d’alarme sur la «vulnérabilité des populations». Plus d’un million d’enfants, selon Oxfam, seraient menacés de malnutrition. Le soutien à l’agriculture et la reconstruction des infrastructures étaient à l’agenda de La Haye. Mais «l’efficacité de l’aide» qui doit être «améliorée», selon le communiqué final, demeure le point noir: «Les structures militaires et civiles se superposent», déplore-t-on à l’ONU. Où l’on reconnaît un problème majeur: difficile de réorganiser l’assistance internationale, ou d’imposer des conditions trop strictes, tant que les élections d’août n’auront pas eu lieu.
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