Accueil  
  Toute l'actualité  
  Contact  
  Qui sommes-nous  
  Archives  
    Faire connaître Israel-Infos

Israel infos : Actualites Israel, Presse monde juif,
Informations communauté juive francophone
Lundi 17 Juin 2019 / 14 Sivan 5779
Abonnement Gratuit aux Newsletters

  A LA UNE
Numéro 1219 - 15.04.2013 - 5 Iyyar 5773 

Un début de désintégration de l'Autorité palestinienne
par Gerard Fredj
La démission du Premier ministre palestinien, Salam Fayyad samedi soir est un spectaculaire développement qui aura des répercussions internationales.

Elle ne révèle pas seulement la réalité de ce qu'est l'Autorité palestinienne, mais aura également des répercussions sur les politiques américaine, bien entendu israélienne, mais probablement aussi sur la politique étrangère européenne dans cette région du monde.

Pour les Etats-Unis et l'Union européenne, pour la plupart des pays arabes qui fournissent une aide économique à l'Autorité palestinienne, Fayyad était "l'homme de la situation" : formé aux USA, ancien économiste du Fonds Monétaire International, il avait su construire une "bonne gouvernance" et lancer une lutte efficace contre la corruption.
Ses efforts pour construire les infrastructures d'un état – à partir de pas grand-chose – étaient reconnus et avaient le soutien de la communauté internationale.

Un succès qui contenait lui-même les germes de sa démission.
Fayaad, Premier ministre depuis 2007, a vu ses relations se dégrader régulièrement avec Mahmoud Abbas, au point qu'elles étaient devenues exécrables; la rumeur de sa démission courait déjà depuis plusieurs semaines.
Abbas et la vieille garde du Fatah qui constitue ses conseillers voyaient en lui un rival certain pour la Présidence palestinienne, un rival à abattre.
Sa démission est un révélateur des dérives et de la désintégration de l'Autorité palestinienne.

Pour survivre politiquement, Mahmoud Abbas a instauré un régime quasi autocratique : la presse est muselée, tout comme l'opposition – il n'y a guère que les groupes radicaux comme le Hamas ou le Djihad islamique qui arrivent à imposer leur expression.
Le gouvernement est un gouvernement croupion qui ne fonctionne que sous la houlette d'Abbas; seul Salam Fayaad parvenait à imposer sa gouvernance.

Or la popularité du Premier ministre avait largement dépassé les capitales européennes et Washington pour se développer dans les territoires palestiniens.
Il était aussi l'empêcheur de corrompre en rond dans le gouvernement palestinien, refusant de verser des fonds à des ministères, lorsque leur usage n'était pas justifié : il devenait un obstacle sérieux sur le chemin des ambitions politiques – et surtout économiques – de nombre de responsables palestiniens.
D'autant que la crise économique sévère qui frappait l'économie palestinienne était une véritable épine dans le pied de l'establishment palestinien : le mécontentement populaire à l'égard du chômage et de la hausse des prix a savamment était redirigé vers Fayyad et son gouvernement.

Le tournant dans les relations entre Abbas et Fayyad a été la décision du Président de l'Autorité palestinienne d'aller devant l'Assemblée générale de l'ONU pour obtenir le statut d' "état observateur non membre". Fayyad y était opposé, jugeant la mesure par trop symbolique au regard des dommages qu'elle pouvait créer dans les relations avec les Etats-Unis et Israël – et notamment du risque de représailles économiques.

Fayyad avait raison : Israël a bloqué le transfert de taxes collectées pour le compte de l'Autorité palestinienne pour éponger les "ardoises" de celles-ci à l'égard de sociétés israéliennes, notamment une dette envers la compagnie israélienne d'électricité et d'autres fournisseurs (une dette qui dépasserait le demi milliard de dollars).
Ce blocage –temporaire puisqu'en janvier Israël a repris ses paiements – a aggravé l'insolvabilité palestinienne.

Au cours de l'année 2012, Fayyad a remis sa démission à plusieurs reprises, y renonçant à chaque fois sous les pressions américaine et européenne.
L'élément déclencheur a été cette fois ci la démission du ministre dont il était le plus proche, Nabil Kassis, le ministre des Finances de l'Autorité palestinienne.

Kassis, soumis à de violentes critiques en raison de la crise économique, a présenté sa démission à Fayyad qui l'a acceptée.
Abbas, qui était comme souvent en voyage à l'étranger, a exigé que Fayyad reprenne la démission du ministre des Finances, ce que la Premier ministre a refusé, arguant qu'il s'agissait d'une décision relevant du Premier ministre – à l'image de ce qu'Abbas avait demandé de Yasser Arafat, au même poste.

John Kerry, le Secrétaire d'Etat américain et plusieurs de ses collègues américains ont tenté de convaincre Salam Fayyad de revenir sur sa démission, sans succès.

Le départ du Premier ministre palestinien – qui était demandé par le Fatah et le Hamas – pose désormais le problème de l'aide internationale apportée aux palestiniens, et de sa continuité : sans garanties en matière de corruption et quant à son usage, certains pays donateurs pourraient suspendre leur aide.

De la même manière, il est peu probable qu'Israël se lance dans une politique de soutien à l'économie palestinienne sans garantie.
La crise économique pourrait ainsi s'aggraver avec, au bout de la route, le risque d'aggravation des troubles et des violences.

Sa démission pourrait également handicaper les efforts américains de relancer le dialogue entre israéliens et palestiniens : si Fayyad n'avait pas directement " la main" sur les négociations, sa présence rassurait; il sera difficile désormais aux américains et européens de s'appuyer sur une autre figure "responsable" du gouvernement palestinien.

Quand au gouvernement israélien, il est embarrassé, en particulier en raison de son ambivalence à l'égard de Salam Fayyad : d'un côté, il voyait en lui un partenaire sérieux en matière économique et de coopération sécuritaire, mais l'état hébreu le considérait toutefois comme une menace en raison de ses avancées dans la crédibilisation des infrastructures d'un futur état palestinien.
Israël n'a probablement pas aidé à sa survie politique.

Pour mettre ces infos sur votre site, Cliquez ici
Le journal video (en anglais)