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Jeudi 24 Mai 2012 / 3 Sivan 5772
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Numéro 966 - 02.02.2011 - 28 Shevat 5771 

Tunisie, Égypte: au suivant ...
par Benjamin et Gérard Fredj
L'actualité mondiale s'égrène, depuis plusieurs semaines, au rythme des frémissements de la rue tunisienne, puis égyptienne.

De heurts entre manifestants et forces de l'ordre, aux manipulations politiques des candidats au pouvoir, chacune des deux nations semble aussi proche de la démocratie, que de la bascule en un régime islamiste, tant aucun schéma politique clair n'a émergé.

Et ce n'est qu'un début, la contagion gagne d'autres pays : la Jordanie, et le Yémen, très immédiatement, mais également le Maroc, l'Algérie, les Territoires palestiniens et quoiqu'en dise son dictateur, la Syrie.

Chacun de ces pays est en effet confronté aux mêmes problèmes, à l'origine de la vague de contestation et de l'embrasement des populations : pauvreté, misère, absence de démocratie, mais aussi des situations locales complexes, qu'il s'agisse par exemple de la question des palestiniens en Jordanie, ou d'Al Qaida au Yémen, ce deux pays étant les plus immédiatement susceptibles de basculer.

En Jordanie, à la suite de plusieurs manifestations contre la situation sociale et politique, le roi Abdallah II a brusquement congédié son Premier ministre, et nommé dans la foulée son successeur, Maarouf Bakhit, ancien conseiller militaire du roi, ancien ambassadeur du Royaume en Turquie et en Israël, mais qui a déjà gouverné le pays entre 2005 et 2007 sans laisser de souvenir impérissable.

La lettre de mission de Bakhit est urgente et claire: mener le pays vers la démocratie, améliorer le quotidien des jordaniens, réduire les disparités sociales, "des réformes qui ouvrent la voie au peuple vers plus d'opportunités et une vie décente qu'il mérite".

Bakhit jouit d'une certaines popularité dans son pays, mais les islamistes ont condamné sa nomination et promis de nouvelles manifestations.
Même si l'opposition, notamment islamiste, affirme ne pas vouloir s'en prendre à la monarchie, on entend de plus en plus souvent, dans les manifestations, fleurir des slogans demandant le départ du Roi.

En Jordanie, les Frères musulmans sont à l'origine du mouvement de contestation, l'organisent et l'encadrent. Ils représentent politiquement une population palestinienne qui constitue les deux tiers du pays, et n'ont jamais pardonné le Traité de paix avec Israël.

Au Yémen, après plusieurs manifestations d'ampleur et à la veille d'une "journée de la colère" jeudi à Sanaa, le pouvoir tente désespérément de renverser la vapeur en proposant tardivement un "dialogue social et politique", et en multipliant augmentations de salaires, baisses de prix sur les denrées de base.
La situation est compliquée dans le pays par l'omni présence d'Al Qaïda dans le pays, et les conflits tribaux au nord et au sud du pays.

Au Maroc, le controversé cousin du roi Mohamed VI a déclaré " S'il(le Maroc, ndlr) n'a pas encore été atteint par la vague de contestation, il ne sera probablement pas une exception".

Le pays peut compter sur l'aura de son monarque, qui arrive pour l'instant à contenir les ardeurs des islamistes (surnommés " islamistes de Sa Majesté "), et si les manifestations organisées à Fès ou à Tanger n'ont pas trouvé écho auprès de la population marocaine, rien ne permet de prédire ce que feront demain les catégories de population condamnées à vivre dans la misère et à constater les disparités de richesse du pays.

L'Algérie connaît, quand à elle, un mouvement d'une toute autre proportion.
Une série de grèves prolongées à en effet débuté aujourd'hui, dans le secteur médical et paramédical notamment. Alors que plusieurs corps professionnels organisent ainsi des rassemblements devant leurs ministères de tutelle, l'opposition a appelée hier à une marche sur Alger pour demander " le départ du régime".

Dans les Territoires palestiniens, la contestation du leadership de Mahmoud Abbas et de son gouvernement est en marche.
La diffusion des documents secrets relatifs aux négociations israélo palestiniennes par la chaine qatari Al Jazeera, qui s'est interrompue au bout de quatre jours, alors qu'il était question de plus de 1600 documents, a donné opportunément au Hamas et aux opposants au Fatah, une arme redoutable pour déstabiliser le Président de l'Autorité palestinienne.

Nous nous en faisions l'écho dans notre édition de mardi, les organisations radicales palestiniennes et le Hamas se coordonnent pour chasser le Président de l'AP, et les premiers slogans "Abbas, dégage", commencent à fleurir sur Internet.

Abbas ne s'y est pas trompé en mettant en cause l'émir du Qatar dans l'"opération Al Jazzera", celui-ci est régulièrement soupçonné de "rouler "pour le Hamas, tout comme la chaine de télévision.

Enfin en Syrie, où le fanfaron Bachar Al Assad a estimé qu'il ne risquait rien, en raison de ses mauvaises relations avec les USA et Israël, un appel à manifester vendredi contre " la monocratie, la corruption et la tyrannie " a été lancé sur Facebook , rassemblant en peu de temps près de 8000 membres, malgré le blocage périodique des réseaux sociaux.

Bien sur, la démocratie et le progrès social ne se divisent pas, et tout le monde se réjouira – nous avec – de voir des peuples se débarrasser de leurs tyrans, améliorer leur vie quotidienne, accéder au savoir et à une vie décente.

On a souvent présenté, à juste titre, Israël comme la seule démocratie de la région et personne ne se plaindrait si, demain, le Moyen Orient était submergé par une vague de "nouvelles démocraties".

Des démocraties qui négocieraient, s'entendraient et construiraient nouvel ensemble en paix…

"Nous espérons voir naître un Moyen-Orient qui soit islamique et puissant, en mesure de résister aux occupants sionistes et mette fin à une ère de domination et de contrôle de la région par l'arrogance mondiale"; voici clairement exprimée la position officielle de l'Iran par le porte parole de son ministère des Affaires étrangères.

A mi chemin entre Montesquieu et Hassan Al Bana (fondateur des Frères musulmans), il n'y a plus qu'à retenir son souffle.

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