Les ultra-orthodoxes ne sont pas des obscurantistes
par Israel Infos Redaction
Les attaques à l'encontre du mode de vie de la communauté haredi témoigneraient du manque de tolérance de la société israélienne.
Nous publions le point de vue – non dénué d'humour – d'une journaliste haredi, Roni Shuv, rédactrice en chef du supplément féminin du magazine orthodoxe Bakehila paru dans Courrier International à partir d'Haaretz.
J'ai récemment lu un article intéressant sur une expérience éducative menée par le directeur du collège Tikhon Hadash -un collège lié à l'Open University- d'Herzliya.
Un matin, en arrivant à l'école, les élèves ont découvert qu'il y avait désormais deux entrées, l'une pour les garçons et l'autre pour les filles.
Apparemment, le directeur voulait montrer aux élèves comment fonctionne concrètement la ségrégation entre genres. C'est une très bonne idée.
Mais elle serait encore meilleure si le brillant pédagogue poussait plus loin l'expérience en faisant vivre à ses élèves le quotidien d'un haredi en Israël, et ce en ne négligeant aucun détail.
Les garçons vêtus de vêtements et de chapeaux noirs et les filles de robes longues et de foulards, les élèves découvriraient soudain leur monde familier sous un angle différent et inconfortable.
La première chose qui les frapperait serait l'effacement absolu de leurs personnalités propres.
Ils ne seraient soudain plus Roï, Nathan, Dana ou Yaël, mais des "haredim", ce stéréotype qui charrie une mixture confuse d'affirmations, de rumeurs, de demi-vérités et de préjugés.
Ils ne seraient plus que des abrutis, des sangsues, des parasites qui affament les enfants et crachent sur les petites filles juste pour le plaisir.
Ils découvriraient que tout le monde les "connaît", que l'on sait d'avance leur position sur tel ou tel sujet, que l'on sait à quel point ce sont des pauvres types sans éducation et victimes d'un lavage de cerveau.
Ils verraient que tout le monde ici croit avoir le droit de s'ingérer dans leur vie privée. Ils prendraient conscience qu'il est vraiment facile de les insulter et de leur donner le sentiment qu'ils ne sont que des indésirables venus gâcher la fête.
Le moindre chauffeur de taxi est un anthropologue en herbe : pourquoi font-ils autant de gosses ? Pourquoi ne cherchent-ils pas de boulot ? Pourquoi s'habillent-ils de manière si moche ? Pourquoi se mêlent-ils de venir à Ramat-Aviv, à Pardes-Hanna ou à Karkour (banlieues laïques et huppées de Tel-Aviv) plutôt que de s'entasser dans leurs ghettos pouilleux ?
Dans le bus, ils découvriraient que les gens assis à la première rangée lisent une gazette dont le titre de une hurle : "Les haredim font encore des émeutes !"
S'asseyant à la seconde rangée, Roï, vêtu de son costume de séminariste rabbinique, verrait sa voisine se lever de son siège en humant l'air avec dégoût pour savoir si elle sent une odeur de sueur autour d'elle. Une dispute éclaterait.
Au plus fort de l'échange, l'élève oublierait un instant où il est et lancerait une insulte à la femme, quelque chose comme "putain", mais dans un langage plus grossier et contemporain, le genre d'insultes que les mecs se lancent à la figure sans y réfléchir.
Roï se réveillerait alors dans une cellule de prison avec une inculpation et devrait verser une caution de 20 000 shekels (4 000 euros).
Si donc l'expérience avait été menée jusqu'au bout, les élèves se seraient vite lassés et auraient préféré en rire.
Nous ne sommes pas du tout ce que vous croyez.
Nous sommes franchement des gens éduqués, cultivés et sereins.
Mais, à notre grande surprise, tout le monde nous regarde avec pitié. C'est à peine croyable.
"On vous a lavé le cerveau ! Vous êtes les otages de l'obscurantisme." Alors, les élèves ôteraient leurs chapeaux et leurs foulards, enfileraient à nouveau leurs jeans, arracheraient leurs boucles de cheveux et, terrorisés, renoueraient avec le kit complet du monde éclairé, sain, tolérant et libéral. Quel soulagement !
|