Les tetes des Juifs sur des piques, à Jérusalem il y a soixante ans
par MEIR WEINTRATER
Nier les atrocités commises dans le cadre de la lutte contre le sionisme, depuis les attaques arabes sous le Mandat britannique jusqu'aux attentats suicides de la période récente, c'est se donner bonne conscience à peu de frais et entériner d'un cœur léger la diabolisation des sionistes.
(…)La vulgate antisioniste, selon laquelle les Palestiniens de 1948 auraient été victimes d'un "nettoyage ethnique" perpétré par des hordes sionistes déferlant sur des populations pacifiques, gagne du terrain dans une opinion où la méconnaissance de l'histoire est souvent abyssale.
Et cette présentation tronquée des choses contribue à entretenir, en France
comme en d'autres pays occidentaux, une fureur visant indistinctement
les Israéliens, les sionistes et les Juifs.
Il est vrai que, plus encore qu'Uri Avnery, la plupart des militants de l'extrême gauche israélienne ne savent presque rien – j'en ai fait l'expérience, dans des conversations privées – des milieux où leurs discours sont diffusés à l'étranger.
Ils disent ce qu'ils croient être juste et vrai, en cet instant précis et dans le contexte proche-oriental où ils vivent.
Parlez-leur de l'histoire du conflit, ils vous répondront:
"Nous savons tout cela, l'important est ce qu'il faut faire aujourd'hui".
Parlez-leur de l'opinion publique hors d'Israël, ils vous répondront: "Notre problème à nous, c'est de faire progresser la cause de la paix entre Israéliens et Palestiniens".
Ils sont évidemment sincères.
D'autres en revanche – ainsi, tel militant antisioniste israélien d'origine française – ont toutes les raisons d'être informés sur le climat régnant en Europe.
Ceux-là ont moins d'excuses, et l'appât d'une popularité acquise à bon compte, ou une idéologie qui néglige les souffrances individuelles lorsqu'elles ne sont pas politiquement instrumentalisables, sont plutôt dans leur cas des circonstances aggravantes.
On peut en dire autant des gens qui, ici même, diffusent sciemment une information biaisée ou adultérée, au nom d'un combat pour lequel ils se trouveront, à l'image des staliniens de naguère, toutes les justifications du monde.
Voilà pourquoi le discours public français sur le conflit israélo-palestinien est pollué par des pousse-au-crime qui n'ont même pas l'excuse de vivre dans leur chair les effets de ce conflit.
Voilà pourquoi certains ont répandu la croyance – stupide ou monstrueuse,
selon le cas – que les victimes seraient toutes d'un côté et les coupables tous de l'autre.
Voilà pourquoi l'ignorance des réalités, tant historiques qu'actuelles, reste la règle sur un sujet dont on ne cesse pourtant de parler.
Voilà pourquoi le traducteur anonyme d'Uri Avnery n'a pas pu lire qu'il y a soixante ans, on montrait sur des piques les têtes des jeunes défenseurs juifs de Jérusalem.
A propos d'un article d'Uri Avnery, et de la lecture qu'en ont faite des pro-palestiniens français
Extrait d'un article est pour la première fois dans le n° 595-596
(décembre 2007 – janvier 2008) du mensuel juif L'Arche.
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