Les analystes palestiniens ne croient pas à la possibilité d'une nouvelle Intifada
par Sarah Cohen
"Un soulèvement armé est impossible, assure Mahdi Abdul Hadi, directeur de Passia (Palestinian Academic Society for the Study of International Affairs) et analyste politique...
Une Intifada a besoin d'un fort leadership, d'un consensus, d'un financement. Or il n'y a rien de tout ça.
Les Palestiniens sont en colère, frustrés. Ils ne supportent plus la colonisation et les injustices. Certes. Mais nous faisons face à des confrontations ad hoc, des petites batailles en réaction aux atrocités vécues. Il n'y a pas de mouvement de masse. En outre, les Palestiniens sont divisés. Pas seulement parce qu'il n'y a pas de leadership, pas seulement à cause de la corruption, mais ils sont divisés en deux partis politiques, entre le Fatah et le Hamas. Ils sont divisés entre les négociations et la résistance."
Dans la bande de Gaza, sous contrôle du Hamas, même si le parti islamique appelle à un soulèvement, cela semble difficilement envisageable. Israël a quitté le territoire en 2005, et le mur qui encercle la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis trois ans, limite la circulation.
Et en Cisjordanie?
Le professeur Samir Abu-Eisheh, ancien ministre de l'Aménagement du territoire, proche du Hamas et natif de Naplouse, m'assure que "la situation sur le terrain rend les Palestiniens très nerveux. Si les Israéliens continuent leurs agressions, cela pourra très certainement déboucher sur un conflit armé".
Mais dans leur bulle, les résidents de Ramallah vivent leur boom économique et ne croient pas à un mouvement armé. A Ramallah, pas un quartier sans un immeuble en cours de construction. En 2009, la croissance de l'économie palestinienne a atteint 7%. Pour un officiel de l'Organisation pour la libération de la Palestine, "cela n'a aucun sens.
Salam Fayyad,le Premier ministre de l'Autorité Palestinienne a le soutien de la population. Les Palestiniens veulent construire leur Etat. Ils veulent un accès à l'éducation. Une vie meilleure. Certes, la situation n'est pas satisfaisante, mais cela pourrait être pire".
Awwad Hamdan, le directeur de l'hôtel Al-Qasr à Naplouse, lâche: "Nous perdons tout le temps.
Après la première Intifada, le système des permis a été instauré. Après la seconde, les Israéliens ont construit le mur. Si une troisième démarre, on va tout perdre. On ne veut pas de combats armés. Les échauffourées ne sont que ponctuelles. En fait, la troisième Intifada a déjà commencé, mais notre gouvernement parle d'Intifada blanche."
L'Intifada blanche,un concept repris par de nombreux membres du Fatah et de la population palestinienne. A l'image de la Révolution de velours en Tchécoslovaquie et de la Révolution orange en Ukraine, cette Intifada prendrait la forme, dans un premier temps, de manifestations pacifistes qui utiliseraient les médias pour "faire savoir au monde entier ce que l'on vit", assurent de nombreux Palestiniens.
A l'heure actuelle, cette Intifada est incarnée tous les vendredis par (…) des mouvements pacifistes où se réunissent Palestiniens, Israéliens et étrangers, très médiatisés, qui semblent déranger le gouvernement israélien. Autre carte que jouent les défenseurs de l'Intifada blanche: la campagne de boycott des produits des implantations. Depuis quelques mois, dans les commerces palestiniens, les produits qui en sont issus sont interdits. Même l'Union européenne différencie maintenant les produits issus d'Israël, de Cisjordanie et des implantations.
Selon un rapport de Saëb Erekat, le négociateur en chef palestinien, cette Intifada blanche irait jusqu'à interdire aux Palestiniens de travailler dans les implantations et à dénoncer les accords d'Oslo, signés en 1993.
A terme, le but de l'opération serait l'obtention, via une saisie du Conseil de sécurité des Nations Unies, d'un Etat palestinien pour 2011, comme le souhaite Salam Fayyad. Des belles paroles auxquelles ne croit guère Mahdi Abdul Hadi.
Résigné, il constate seulement que "les défenseurs de l'Intifada blanche prennent l'exemple de Gandhi ou de Mandela. Or, nous n'avons ni de Gandhi ou ni de Mandela en Palestine". (d'après Slate)
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