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Numéro 1144 - 11.10.2012 - 25 Tishri 5773 

Le mythe du grand silence - Présentation de l'ouvrage par Didier Epelbaum
par Israel Infos Redaction
La mémoire est souvent envahie de préjugés et d'idées fausses qui, avec le temps, deviennent des vérités ou des évidences, parfois des mythes.

De temps à autre survient une étude, qui remet les choses à plat et nous ouvre les yeux. Le livre de François Azouvi -Stock 2012- est de ceux-là.
On a beaucoup dit – et écrit – que les Français avaient balayé sous le tapis la mémoire de la Shoah après 1945 et qu'il avait fallu plus d'une génération pour que le pays saisisse enfin cet événement d'une ampleur considérable.

On a employé les termes d' "amnésie", de "refoulement".
François Azouvi a voulu en avoir le cœur net, il a repris une immense documentation, impressionnante, les publications, la presse, la littérature, le cinéma d'un demi-siècle.

Sa démonstration est puissante : avec le recul on peut décrire et analyser une véritable "pensée du génocide" qui concerne tous les grands courants : catholiques et protestants, intellectuels de gauche et de droite.

Avec le travail d'Azouvi, on touche enfin à la complexité des choses et on décolle des analyses schématiques et réductrices.
Le grand mérite de François Azouvi est de nous forcer à fouiller dans notre mémoire.

Pour ma part, mes souvenirs ne font que confirmer sa thèse.
Même quand il cite des textes relativement peu lus à leur époque, ils sont représentatifs d'un état d'esprit répandu.

Enfant et ado, je ne me souviens pas de revendications ni de plaintes sur un silence, une amnésie ou une difficulté d'aborder le sujet.
A l'école, quand fusait une insulte antisémite, tous, oui tous, savaient de quoi il retournait.
Au lycée, je me souviens de l'attitude respectueuse et amicale des copains protestants de l'UCJG. Je me souviens de la projection obligatoire de "Nuit et Brouillard".

Certes, le film d'Alain Resnais ne dit qu'une fois le mot "juif" sur les images des camps, mais nous savions remplir les vides.
Comme le rappelle Azouvi à juste titre, nous avons tous lu le "Journal d'Anne Franck" et nous l'avons commenté en classe avec les professeurs.

Nous avons tous vu "Exodus".
Dans les familles, on pensait aux disparus mais on parlait de la construction d'Israël.
Moins déprimant… Le modèle était le nouvel homme juif combattant.
Sur le génocide, la parole n'était pas nécessaire et le "silence" était lourd de sens.
Il ne faut pas confondre le silence et le non-dit.
Nous ne voulions pas que la Shoah –on n'employait pas le mot à ce moment – soit notre carte de visite.

La communauté juive de France n'a pas toujours failli, elle non plus : si l'Etat d'Israël a créé Yad Vashem en 1953, c'était pour ne pas être à la remorque de la France qui, malgré certaines réticences, posait la première pierre du Mémorial à Paris !
La confusion vient sans doute d'une erreur d'optique.
Il y a bien eu occultation mais pas sur la destruction des Juifs.
Il y a eu silence et parfois censure sur la participation française, sur le rôle de Vichy, de la police et de la gendarmerie française.
Il y avait aussi chez les communistes qui avaient une influence idéologique considérable, une réticence à mettre l'accent sur les spécificités de la destruction des Juifs par les nazis et leurs alliés, pour une partie d'entre eux au moins.

Pour beaucoup de gens de ma génération, le besoin de parler Shoah est sans doute né avec la montée du néo-nazisme dans les années soixante, puis surtout le tournant des années 1978-1979 que l'auteur dissèque parfaitement, Darquier ("A Auschwitz on n'a gazé que des poux") et Faurisson, qui ont ouvert un front de guerre, une sorte de nouvelle ère.

Mais quand on en a eu besoin, la mémoire était là, Azouvi a raison, prête à servir. L'auteur cite un sondage de l'IFOP de 1966 où l'immense majorité des sondés savent que les juifs ont été tués par millions.
Comme le montrent les lignes qui précèdent, le grand mérite de ce livre, ce n'est pas seulement l'information qu'il apporte et la pertinence de son analyse, c'est qu'il nous fait réfléchir.

Didier Epelbaum
Journaliste et historien

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