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Mercredi 27 Août 2014 / 1 Elul 5774
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  HISTOIRE
Numéro 1104 - 20.04.2012 - 28 Nisan 5772 

Le massacre de Fès dit Le Pogrom de Fès, 17 - 19 avril 1912
par Israel Infos Redaction
On nous a beaucoup parlé ces jours-ci, et pour cause, du Centenaire de la catastrophe du TITANIC.

A la télévision avec films et documentaires, à la radio, sur les quotidiens et hebdomadaires. Des "spécialistes", des "experts", des "fins connaisseurs" et je ne sais qui encore, comme toujours, se succédèrent expliquant avec force détails le pourquoi et le comment de ce drame épouvantable à échelle mondiale.

Mais ce centenaire, pour plus important qu'il soit, et qu'il est d'ailleurs, ne doit pas, pour nous, en occulter un autre. Celui de l'épouvantable massacre perpétré à Fès (Maroc) les 17, 18 et 19 avril 1912, massacre qui pourrait être considéré comme la page la plus sombre du Judaïsme en terre d'Islam.

Rappelons les faits ou, à tout le moins, certains faits. Profitant d'une instabilité et insécurité au Maroc dues principalement à un manque d'autorité du Sultan Moulay Hafid, la France proposa son aide et sa protection. Le 30 mars 1912 fut signée à Fès l'installation d'un Protectorat français au Maroc(*).

Par cette signature, le Sultan Moulay s'engagea à ne conclure aucune alliance avec un autre pays que la France qui, en retour, promit de respecter le Sultan et la religion musulmane. Elle sera représentée par un Résident Général.
Le Général Lyautey en fut le premier d'avril 1912 à octobre 1925.

La population, encouragée par quelques extrémistes fanatiques, n'apprécia pas cette signature la considérant comme une véritable trahison de l'Islam.
Des rumeurs circulèrent sur le contenu du traité de Protectorat et sur le fait que le Sultan serait prisonnier des Français. Un premier incident grave se produisit le 7 avril, un officier français fut tué par un musulman qui lui-même fut abattu.

Ce fut le point de départ d'une chasse aux Français et…, comme très souvent, aux Juifs qui n'y étaient pour rien.
L'armée française réagit, arrivant à arrêter la tuerie de ses propres ressortissants.
Les émeutiers se replièrent et se dirigèrent vers le quartier juif, le Mellah, où plus de 10.000 Juifs y vivaient, leurs dirigeants ayant été accusés d'avoir demandé et favorisé la venue des Français et la signature du traité de Protectorat.

Le Mellah fut envahi par des bandes d'assassins et de pillards.
Des dizaines de Juifs furent massacrés, hommes, femmes, enfants.
Des centaines furent blessés et affreusement mutilés.
Des femmes et des fillettes furent violées, des enfants enlevés.
Que seront-ils devenus ? Tués également ? Transformés en esclaves ? Convertis à l'Islam ?

Les cadavres jonchaient les ruelles du Mellah, les maisons furent systématiquement saccagées et certaines incendiées.
Pendant 3 jours, des scènes d'horreur se déroulèrent et il n'y eut plus un seul Juif vivant à l'issue de ces 72 heures d'apocalypse. Tout n'était que désolation !
Les malheureux habitants s'enfuirent où ils le purent, plus de 2.500 se réfugièrent dans les cours du palais du Sultan … et dans sa ménagerie où ils demeurèrent sans nourriture, sans toit, sans secours, dans le froid et sous la pluie, dormant à même le sol ou sur les litières puantes des animaux.

La Synagogue, les oratoire et la bibliothèque qui possédait des manuscrits centenaires furent naturellement saccagés et des rouleaux de la Torah détruits par le feu.
Il ne restait plus rien, même les portes et les fenêtres des maisons furent été arrachées et emmenées par les pillards !

De passage à Fès en avril 1952 pour une compétition sportive, des gymnastes (juifs) habitant Fès me racontèrent ce que vécurent, il y avait 40 ans, leurs parents et amis en ces jours terribles des 17, 18 et 19 avril 1912.
Ils ne parlaient pas de "pogrom" mais de "massacre", de "carnage", de "pillage". C'était la première fois que j'en entendais parler à l'inverse de ce qui de passa à Oujda le 7 juin 1944

Charles Etienne NEPHTALI
Rédigé après compilations de différents textes, le 17 avril 2012

(*) Le traité de Protectorat du nord du Maroc et du Sahara Occidental fut signé le même jour avec l'Espagne.

Notes succinctes sur Fès :
Fès, capitale de la dynastie des Idrissides, est la plus ancienne des villes impériales et la 3ème ville du Maroc après Casablanca et Rabat (capitale et ma ville natale). Il est dit "qu'elle abrita la première des grandes universités, avant Paris et Oxford".

En effet, dès le départ, Fès posséda une mosquée et une université, la prestigieuse Université Al Quaraouiyine, et fut à ce titre considérée comme la capitale culturelle et spirituelle du Maroc.

Fondée en 810, par le Sultan Idriss II, roi pacificateur succédant à son père Idriss le Conquérant, "descendant du prophète", Fès, dès sa fondation, attira une immigration juive de haut niveau de toute la diaspora, en particulier de Kairouan, première ville Islamique au Maghreb et d'autres villes de Tunisie, d'Egypte, de Perse, de Babylone.

En 1492, année de sinistre mémoire, c'est à Fès également que furent regroupés les Juifs réfugiés d'Espagne. Grâce au dynamisme et aux qualités pédagogiques des Rabbins espagnols récemment immigrés, Fès redevint, en moins d'un quart de siècle, un important foyer d'études juives.

Afin de protéger la population juive grandissante, le Sultan Moulay Yacoub installa les Juifs dans la nouvelle ville qu'il fit construire, Fès Eljdid, tout près de son palais.
A noter que Fès compte une vingtaine de jumelages avec, pour la France, Aix-les-Bains, Marseille, Montpellier, Saint-Étienne et Strasbourg.

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