Israël doit travailler à l'ONU
Einat Wilf, députée à la Knesset
Comme un couple qui vit une relation orageuse, l'obsession d'Israël quant à son image à l'ONU n'a d'égale que celle qu'entretient l'organisation internationale vis-à-vis d'Israël.
Des décennies de conflit israélo-arabe ne sont responsables que d'une petite partie des victimes de la guerre et du terrorisme dans le monde.
Malgré cela, Israël a toujours été l'une des cibles privilégiées des condamnations de l'ONU. D'autre part, malgré une volonté affichée de dénigrer l'ONU et de mépriser son importance et sa force, les guerres d'Israël ont souvent été menées en fonction du calendrier des résolutions du Conseil de sécurité.
Après plusieurs décennies houleuses, il est grand temps de mettre fin à ces relations passionnelles et de se conduire comme le font des adultes désabusés: en poussant un profond soupir et en se mettant au travail. Et il y a de quoi faire.
L'ONU fonctionne selon deux axes principaux:
* celui de la majorité, qui s'exprime dans le cadre de l'Assemblée générale,
* celui de la légalité, qui s'affirme dans la Charte des Nations unies et dans la composition du Conseil de sécurité.
C'est l'élément majoritaire, selon lequel tous les pays ont droit à une représentation égale, quels que soient leur régime ou leur conduite, qui fait de l'ONU une institution hypocrite et intolérable pour Israël.
Cela permet en effet à des groupes de pays partisans e faire adopter par l'Assemblée générale pléthore de décisions anti-israéliennes, du seul fait que ces pays constituent une majorité.
Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, qui porte bien mal son nom et qui est responsable, entre autres, du rapport Goldstone, est une création de l'Assemblée générale.
ISRAËL PEUT AUSSI AGIR
En revanche, l'ONU a aussi cet aspect légal qui fait qu'Israël, ne pouvant compter sur le soutien de la majorité, doit œuvrer à renforcer.
Il s'agit, par exemple, de la défense de la souveraineté, un des principes essentiels des Nations unies.
À une époque où le droit du peuple juif à un État souverain est remis en cause, Israël peut s'appuyer sur la Charte des Nations unies pour contrer ces tentatives de contester sa souveraineté et pour affirmer qu'il est absolument inadmissible qu'un pays tente de remettre en cause la légitimité d'un autre pays.
Et même si l'exclusion de l'Iran de l'ONU n'est pas pour demain, Israël peut faire beaucoup pour focaliser l'attention sur la manière dont l'Iran ignore la Charte de l'ONU.
Adopter une attitude "professionnelle" plutôt que maniaco-dépressive, et ce même quand l'hypocrisie est flagrante, ne signifie pas collaborer aveuglement ni se soumettre à tous les caprices.
À titre d'exemple, la décision de ne pas collaborer avec la commission Goldstone était légitime lorsqu'elle a été prise, surtout si l'on considère l'institution qui a nommé cette commission et quel était son mandat.
Ce qui l'était moins, c'est d'être passé à côté de la période durant laquelle s'est élaboré le rapport Goldstone.
Ce temps aurait pu être mis à profit pour lancer une campagne diplomatique qui aurait ramené le rapport à ses justes proportions, que ce soit en révélant de nouveaux éléments, ou en tentant d'infléchir la problématique.
Par exemple, lancer le débat sur l'application du droit de la guerre actuel, à la lutte contre le terrorisme et notamment à une guerre face à des organisations qui ne sont pas des États.
Le droit de la guerre n'aurait sûrement pas été modifié du jour au lendemain, mais l'ordre du jour de la communauté internationale aurait été sensiblement différent. Israël ne doit pas se contenter de lutter.
Au-delà des questions politiques et diplomatiques, l'ONU est le lieu de débats et de collaborations destinés à résoudre les problèmes mondiaux.
Israël peut intervenir dans les différentes institutions de l'ONU et y apporter son savoir-faire pour parvenir aux objectifs du Millénaire adoptés par l'organisation dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et la maladie dans le monde.
L'ONU est une organisation agaçante, problématique et hypocrite; il existe un fossé permanent et frustrant entre les idéaux auxquels elle aspire, et la réalité qu'elle reflète. Mais c'est ainsi que le monde fonctionne, et puisque nous n'avons ni une autre planète ni une autre ONU, c'est à nous de faire preuve de maturité, d'entrer en scène et d'agir de manière déterminée et "professionnelle".
Traduit de l'hébreu par Dorit Koskas, avec Mikaël Wahl.
Einat Wilf, 39 ans, est membre de la Knesset depuis le 11 janvier dernier, au titre du parti travailliste.
Après une période dans les services de renseignements de l'armée israélienne, elle obtient une licence en "sciences du gouvernement" à Harvard, un master de l'Insead, Paris, puis un doctorat en sciences politiques à Cambridge.
Elle a successivement enseigné l’entrepreneuriat social au Sapir Institute, et travaillé consultante stratégique chez McKinsey & Company à New York.
Elle a également été conseillère de Shimon Pérès en matière de politique étrangère.
Einat Wilf a publié plusieurs ouvrages, et écrit régulièrement dans la presse israélienne et anglo-saxonne.
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