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Numéro 1064 - 31.01.2012 - 7 Shevat 5772 

Israël - Les mosaiques des synagogues Beit Alfa et Beit Shean
par Saskia Shoshana Cohen Tanugi
Beit Shéan, - Scythopolis ou Nysa - est située à quelques kilomètres au sud du lac de Tibériade, sur un terrain fertile et stratégique pour le commerce et le déplacement des troupes en temps de guerre.

Occupée depuis la période chalcolithique (IV millénaire) la ville juive de l'âge du fer (Xe siècle B.C.) devint Scythopolis à l'époque hellénistique (IIIe siècle B.C.)

Selon la tradition grecque, la nouvelle ville fut fondée par Dionysos, qui fut confié enfant, aux nymphes de Nysa.
La ville porta ainsi ce nom, qui fut aussi celui de la nièce du roi séleucide, Antiochus IV Epiphane.

Scythopolis-Nysa est la seule ville du côté ouest du Jourdain, appartenant à la décapolis (les dix citées liées par des accords commerciaux sous les séleucides dont font partie Damas, Philadelphia, l'ancienne Amman, Gadera, Hippos…)
Un large théâtre de 4500 places est construit, toute la ville est entourée d'une fortification de pierres.

Elle se développa en grand centre urbain à l'époque romaine (I er au III e siècle de notre ère) Pompée permit à la population juive de rester dans la ville sous contrôle romain et le Talmud Babylonien (Ketubot 67a) fait mention des rabbins de la ville.
Les fouilles ont révélées 6 synagogues de la période byzantine (IV- VII e siècle) dont la synagogue de la maison de Léontius aux inscriptions en araméen faisant mention des donateurs et une synagogue samaritaine.

L'art de la mosaïque, constitué de petites tesselles de pierre est très développé depuis l'époque hellénistique.
Plus cher que la peinture, il est plus rare mais conquiert le sol en créant un espace décoratif semblable à un tapis.
Le pavement de mosaïque de Beit Shéan est composé de 5 panneaux de taille inégale.

Le décor traité dans toute sa naïveté, est un modèle de non soumission aux canons esthétiques glorifiant les souverains.
Les formes ne sont pas confuses et sont intégrées à la structure de l'édifice qu'elles reproduisent : la mosaïque présente le lieu des prières.

Dans des couleurs brillantes mais sans goût du luxe, le panneau reproduit une construction architecturale de quatre colonnes entourées de deux chandeliers, de deux shofars et des pelles à encens.
Sous l'arc de la thora, surmonté d'une coquille, un rideau sur tringle orné de motifs géométriques floraux cache le Saint des Saints.
Nous sommes loin de l'art de cour développé à Byzance à la même période.

La sobriété de la construction redouble l'effet de symétrie. Il y a dans ce pavement des réminiscences de l'art de la tapisserie et l'anonymat des artistes reste dû à leur statut social d'artisans.
Le panneau de mosaïque de Beit Shéan est un témoignage précieux de la vie religieuse à l'époque byzantine.
La synagogue de Beit Alfa (à 7 km de Beit Shéan) présente une double mosaïque décorée et datant de l'Empereur Justinien (518 – 527 ou 565 – 578).

Les noms des artistes sont inscrits en grec, Marianos et son fils Hanina.
Ce qui signifie que les deux ouvriers ont voulu sortir du statut de simples artisans. Leur art doit beaucoup à l'art textile, populaire et provincial.
L'Université Hébraïque de Jérusalem, en la personne de l'archéologue Sukenik, compare ces œuvres à celles de l'art copte contemporain de la période.

Le sujet du pavement nord est le sacrifice d'Abraham.
Les personnages figurent sous des formes non réalistes, l'âne, le bélier, l'arbre, le feu, l'autel du sacrifice, conservent une maladresse émouvante.

Dans ce refus volontaire de toute représentation réaliste, dans cette ébauche symbolique de l'instant biblique, les deux artistes ont inscrits, pour clarification, les noms des protagonistes au dessus de leurs figures.
Aucun volume, ni perspective, aucune opposition violente des couleurs, dans ces œuvres. C'est un témoignage de la rusticité des communautés byzantines plus tournées vers le livre et l'étude que vers la représentation iconographique du pouvoir en place.

Le cercle du zodiaque de la seconde mosaïque est vif dans ses coloris.
Inclus dans un carré orné à chaque angle de motifs représentant les quatre saisons, il est d'une même réalisation naïve, simple, enfantine, gaie.
Le centre présente un soleil tiré sur un char à 4 chevaux, symbolisant Eliahu sur le char de flammes.
Les signes n'étant pas placés dans leur ordre chronologique, le signe du Lion au haut de la mosaïque domine symboliquement tous les signes, dans l'espoir d'une victoire de Jéhuda sur Byzance.

La beauté simple de ce zodiaque, en fait une pièce majeure dans la représentation de l'art populaire juif du VI e siècle.

La belle simplicité de ces mosaïques montre une obéissance aux lois divines et un refus de se soumettre aux canons esthétiques contemporains.

De la même période datent les mosaïques de l'abside de Saint Vidal à Ravenne, représentant l'empereur byzantin Justinien et l'impératrice Théodora avec leurs serviteurs apportant des offrandes à l'autel.
Ces splendides mosaïques exécutées vers 540, lorsque Ravenne fut reconquise par Byzance, sur l'empereur ostrogoth Théodoric, ont évidemment un sens politique.
Mais ni les artistes de Beit Shéan, ni ceux de Beit Alfa, n'ont repris la pourpre et l'or de saint Vital.

Le langage pictural élaboré dans les synagogues de Beit Shéan et Beit Alfa, est éloigné de celui de Ravenne, tant par l'exécution, la technique, la richesse des matériaux, que par les choix esthétiques et éthiques.
Les artistes de Beit Shean et Beit Alfa présentent une culture savoureuse, dont l'esthétique religieuse est opposée aux canons de Ravenne.

Penser l'art religieux, comme un art sobre, discret, naïf, au service de la prière et non de la splendeur du pouvoir est l'apport principal des artistes artisans de cette partie de l'empire byzantin.

Sources
A. Cutler Art Byzantin Histoire de l'Art Larousse 1995
M. Hiat Synagogues and Churchs in Byzantine Beit Shean Journal of Jewish Art 1980

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