ISRAËL-Défense : un nouveau front à l'est
par Gerard Fredj
En 2007, l'armée israélienne a élaboré un plan pluri-annuel de renforcement et de réhabilitation de Tsahal, après les difficultés rencontrées durant la seconde guerre du Liban.
Le plan mettait l'accent sur la nécessité de renforcer les troupes au sol, et de leur donner de nouvelles capacités d'intervention.
L'intérêt à posteriori de ce plan était la vision qu'il donnait du Proche Orient.
Georges W.Bush était président des USA et les troupes américaines "tenaient" l'Irak.
A l'époque, le militaire en charge de l'élaboration de ce plan pluri-annuel était Ido Nehushtan, qui expliquait que tant que les USA stationnaient en Irak, ce pays ne figurerait pas sur la liste des "ennemis potentiels" à prendre en compte, ajoutant que "cela pourrait changer quand l'Amérique évacuerait ses troupes".
Le même Ido Nehushtan est aujourd'hui chef d'état major de l'armée de l'air; il quittera ses fonctions en avril prochain, après être resté quatre années à la tête de l'armée de l'air qu'il laissera, face à la menace iranienne, mais également à une potentielle menace irakienne.
Jusqu'au milieu des années 90, après la guerre du Golfe et ses tirs de scuds sur le pays, le "front est" était le terme consacré à la menace irakienne, évaluée comme l'une des plus importantes pour Israël. Jusqu'à ce qu'émerge la menace iranienne.
Aujourd'hui, on ne peut plus considérer l'Irak comme une puissance militaire, d'autant que le pays est préoccupé par l'éclatement intérieur et la situation sécuritaire dans le pays –les attentats redoublement d'intensité avec le départ des américains.
Mais l'Iran se rapproche progressivement de l'Irak et du vide politique et social qui s'y est installé: le chef d'Etat-major de l'armée iranienne Hassan Firuzabadi déclarait avant-hier être prêt à aider au renforcement de l'armée irakienne et au resserrement des liens militaires, une délégation de hauts responsables militaires irakiens s'est rendue en Iran en novembre dernier : les relations entre les deux pays sont au beau fixe et de plus en plus étroites.
En 2015, l'Irak recevra une vingtaine d'avions de chasse de type F-16.
La montée d'islamistes extrémistes, et leur éventuelle association à l'exercice du pouvoir en Irak pourrait avoir un impact sur le gouvernement et sa politique extérieure au Moyen Orient.
Jusqu'à l'invasion américaine de l'Irak, Israël maintenait un réseau de collecte de renseignements sur et en Irak; par la suite, avec la présence américaine, Israël s'est contenté des échanges d'informations entre services de renseignements, et concentrant ses efforts sur l'Iran, la Syrie et le Hezbollah.
Il va dorénavant être nécessaire de réorganiser ces réseaux et de les activer, notamment pour repérer des cibles éventuelles, évaluer les capacités militaires et surtout collecter des informations sur la défense anti-aérienne irakienne: avec le départ des troupes américaines, le ciel irakien pourrait être le couloir de "passage" des avions israéliens en cas d'intervention en Iran.
Même si elle n'est pas immédiate, la résurgence d'un nouveau front à l'est pourrait rapidement devenir une réalité.
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