HISTOIRE - UR en Chaldée, préhistoire du peuple juif
par Saskia Shoshana Cohen Tanugi
C'est sur les bords de l'Euphrate, sur les rives du Golfe Persique, que le premier des patriarches, Abraham vécut la première partie de sa vie, avant de faire la première Alya de l'histoire juive.
Dans une région où la richesse agricole dépendait d'un système d'irrigation sophistiqué, les populations se sont sédentarisées dès le IV e millénaire.
Elles ont créé une civilisation de Cités-états indépendantes, riches en productions agricoles, inventant un système d'écriture sur tablette d'argile, un système de comptabilité, une structure politique et religieuse basée sur la division des pouvoirs entre un clergé parfaitement organisé et une maison royale responsable des accords entre les cités, de la construction des temples, de la guerre et de la justice.
La ville d'Ur était dédiée au Dieu de la lune.
Honoré à Ur sous le nom sumérien de Nanar, il était honoré à Harran sous le nom Akkadien de Su-en Sîn, la lune était considérée comme possédant la maîtrise du temps et de la fertilité, par l'intermédiaire de son pouvoir sur l'eau.
Les calendriers basés sur les mois lunaires, comptaient des mois de 6 semaines de 5 jours. Le rituel en relation avec les phases de la lune était célébré le premier, le septième, le quinzième jour et le trentième.
Des offrandes de fruits, des dattes, des grenades étaient offertes par le peuple aux périodes de lune croissante. Lors du décroissement de la lune, des lamentations étaient proférées jusqu'à sa réapparition complète.
Les prêtres parfaitement organisés possédaient des biens agricoles où travaillait par cycle, la population mise à la corvée. Les récoltes du temple étaient redistribuées aux prêtres, aux veuves, aux enfants, aux nécessiteux. Le travail cultuel comprenait le contrôle de la pureté des rituels – offrandes de fruits, hymnes, lamentations – le contrôle du matériel du temple – costumes, saints des saints, ustensiles du temple – le contrôle des prêtres aux administrateurs.
Et le contrôle du système économique basé sur l'exploitation agricole des terrains possédés par le temple.
Le vase d'albâtre trouvé à Uruk ( Erech, à 12 km d'Ur ) datant de la période de Djemdet Nasr (3150 – 2900 B.C.) illustre une des plus anciennes forme de "biccourim" de l'histoire du Proche Orient. Sur son registre inférieur, les vagues représentent l'eau du fleuve qui permit aux récoltes de s'épanouir.
Les récoltes splendides – orge, blé…- sont sculptées sur le registre suivant – Le troisième registre présente les animaux du troupeau, en bonne santé, offerts au temple – Le quatrième registre présente les religieux, en état de pureté - la nudité - venus apporter dans des paniers les premiers fruits de la récolte. Ils ne sont pas représentés dans leur richesse vestimentaire. L'absolue pureté, étant pour le rituel d'Ur, l'humilité face au Dieu, le dépouillement de toute vanité.
Seul, le Dieu est voilé(1) sur le vase, l'homme, lui, est nu.
Le registre supérieur présente le roi apportant les offrandes au temple habité par le Dieu protecteur de la cité.
Ce vase d'offrandes des premiers et des meilleurs fruits de la récolte, des meilleurs animaux des troupeaux, permet de découvrir la première ébauche d'une foi qui affirme que tout ce qui vient de la terre - l'opulence des récoltes - ne vient que par la grâce de Dieu.
L'offrande des "biccourim" au temple représente l'interaction entre le monde matériel et le monde spirituel.
La prospérité dépend de Dieu et du rituel accompli par l'homme.
Les fouilles d'Ur permettent de découvrir une facette intéressante concernant le statut des femmes à la période du IIIe millénaire.
Les filles de Rois, dont la fille du roi sémite, Sargon d'Aggadé (v.2450 B.C.), vivaient dans le temple-palais d'Ur, construit en briques crues, le Gig Par Ku, mis à jour par Sir Woolley dans ses campagnes archéologiques du début du XXe siècle.
Les filles des Rois étaient consacrées au travail du temple. Elles avaient sous leurs responsabilités, les rituels, la composition des hymnes sacrés, la mise en musique de ces hymnes, la bonne marche économique du système agricole.
Elles conservaient dans le temple, la plus part des sceaux cylindres royaux et ceux des gouverneurs - Elles étaient "les gardes des Sceaux" de l'époque.
Elles avaient sous leurs responsabilités une partie du système économique issu de l'agriculture. Dans l'une des pièces de prières du Gig Par Ku on a retrouvé une stèle du code de loi d'Hammourabi (2).
La loi était donc conservée dans le temple.
Le premier auteur de l'histoire de l'humanité, qui signa de son nom des cantiques et des psaumes est une auteure : En Heduanna, fille de Sargon d'Akkad, prêtresse à Ur et poétesse.
Elle composa les plus anciens cycles d'hymnes sacrés conservés sur tablette d'argile.
La ville d'Ur fut d'une richesse considérable lors de la IIIe dynastie (2300 – 2180 B.C.) près de 60 000 personnes y vivaient.
C'est de là que partit Abraham pour la terre promise.
(1)Sur le Vase d'albâtre Dieu est représenté par une entité féminine, Inanna en sumérien (Ishtar/Esther, en akkadien)
(2) Sixième roi de la dynastie Amorite.
Régna vers 1730 B.C. Le code d'Hammourabi conservé au Louvre, est une stèle de diorite noire où sont gravées 282 lois en langue akkadienne. Les lois concernent le droit familial, le droit commercial, le droit criminel.
Sources
SIR WOOLLEY EXCAVATIONS AT UR 1922 – 1934
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