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Numéro 1230 - 07.04.2013 - 27 Nisan 5773 

Et Mary redevient Miriam
par Mylène Sebbah
Mary Gale vient, à 86 ans, d'écrire ses Mémoires. Un bel age pour retrouver son passé.
Surtout lorsque ce passé est celui de Miriam Zimmerman, occulté pendant soixante-dix ans.


Mary Gale est canadienne, plus précisément elle l'est devenue immédiatement après guerre.
Internée avec sa mère et sa sœur à Buchenwald, elle a épousé Arthur Gale, un Canadien qui dirigeait le camp de personnes déplacées en Pologne où les trois femmes avaient été dirigées après la libération du camp de Buchenwald.

Elles ont eu de la "chance" en quelque sorte, Rose, Helen et Mary.
Blondes, aux yeux bleus, elles pouvaient facilement passer pour des Polonaises et c'est ce qu'elles ont fait jusqu'à la fin de la guerre.

Mary a à jamais enfoui en elle la vérité, la vérité qui a failli la tuer.
Car avant la guerre, Mary n'était autre que Miriam, une jeune fille épanouie et heureuse de la bonne bourgeoisie juive de Lodz, en Pologne. Mais "j'ai vu tant de choses horribles, écrit-elle.
J'ai vu tant de morts. C'est incroyable tout ce que cela peut faire à un jeune esprit".

La plupart des membres de sa famille, dont son père, ont été tués pendant la Shoah.
Alors Miriam a décidé, pour survivre, de devenir Mary, jeune polonaise.
"Personne ne pouvait penser que j'étais juive tellement j'avais l'apparence d'une non-juive", raconte-t-elle.
Ce qui ne l'a pas empêché d'être arrêtée par les Allemands, une seule fois.

Elle aurait pu en mourir. À la libération du camp de Buchenwald, elle pesait à peine 36 kilos.
Une fois, sortie du camp, remise sur les rails – au moins physiquement -, soutenue par l'amour de son mari, elle n'a pas pu se résoudre à retrouver son identité première.

"Il m'est difficile, dit-elle, d'expliquer pourquoi j'ai gardé le secret sur mon identité juive si longtemps. Pendant la guerre, j'étais devenue complètement paranoïaque. J'en étais arrivée au point de m'interdire de penser que j'étais juive car cela équivalait à signer mon arrêt de mort.".
Cette paranoïa et cette obsession du secret l'ont poursuivie toute sa vie.
"Être juive signifiait pour moi ne jamais revenir".

À partir de là, elle est devenue Mary Gale pour tous, et excepté à son mari, elle n'a jamais dit à âme qui vive qu'elle était juive.
"Pourtant, je savais de façon rationnelle que j'étais en sécurité ici au Canada.
Mais, il n'empêche, cela ne pouvait pas sortir car cette vérité-là, c'était la vérité qui pouvait me tuer définitivement."

Pour ses 80 ans, elle participe à un voyage à Varsovie.
"Mais même là, se souvient-elle, ça a été plus fort que moi. Je me suis tenue à l'écart du groupe, à l'endroit où mon père a été tué et je pensais au-dedans de moi : je ne pourrai jamais dire qui j'étais".

Même à son fils, Tom, elle n'en a jamais rien dit.
Pourtant, celui-ci, après un terrible accident de voiture, s'est tourné vers le secours de la spiritualité et a rencontré… le judaïsme.
Il s'est converti et s'appelle désormais Gershon et vit aujourd'hui en Israël et mène une vie de Juif orthodoxe.
Est-ce pour lui qu'aujourd'hui, finalement, les mots ont pu sortir ou grâce à lui ? Elle ne peut pas le dire.

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Le journal video (en anglais)