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Mardi 17 Septembre 2019 / 17 Elul 5779
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  MONDE JUIF
Numéro 1179 - 08.01.2013 - 26 Tevet 5773 

En Jamaïque, conversion et mariages mixtes sont l'avenir de la communauté juive
par Mylène Sebbah
L'assimilation et l'émigration constituent les principaux défis pour l'une des plus anciennes communautés de l'hémisphère occidental.

Marie Reynolds s'est immergée dans les eaux vives de bains minéraux à Kingston, qui lui a servi de mikveh pour parachever sa conversion au judaïsme et lui permettre de devenir officiellement membre de l'une des plus anciennes communautés juives de l'hémisphère occidental, la communauté juive jamaïcaine.

L'avenir de la petite communauté juive métissée – pas plus de 200 âmes, comme le souligne son chef de file, Ainsley Henriques - pourrait bien dépendre de ces juifs qui choisissent de le devenir.
Marie Reynolds, avant sa conversion, avait étudié le judaïsme depuis plus d'une décennie. Elle est aujourd'hui membre de la chorale et soliste à la Congrégation Shaare Kahal Kadosh Shalom, seule synagogue de la Jamaïque.

Cette psychothérapeute pour enfants, âgée de 52 ans, dit avoir été attirée sur le judaïsme dans les années 1990 pour… avoir un jour de repos ! Finalement une visite en 1998 au Museum of Jewish Heritage de New York, lui a donné un profond sentiment de connexion au judaïsme.

"Je me sentais comme si je revenais à la maison", dit-elle.
Un an ou deux après sa visite au musée, elle découvre que la famille de sa belle-mère est juive, ce que son mari ignorait totalement.
Compte tenu de l'histoire séculaire de la communauté juive en Jamaïque, il n'est pas étonnant que le mari de Marie Reynolds ait des racines juives.

Ainsley Henriques, 73 ans, qui porte les chapeaux multiples de chef de la communauté, historien et consul honoraire d'Israël, estime que près de 10% des Jamaïcains ont une ascendance juive.
"Nous avons semé nos graines loin", déclare Joseph Matalon, 67 ans, dont la famille, arrivée de Damas, en Syrie, au 20e siècle, est "nouvelle" en Jamaïque.

Mais Matalon craint aussi que ne s'expriment certains préjugés raciaux dans les nombreuses revendications jamaïcaines à une ascendance juive.
"Ici, il est important d'être blanc ou en tous cas d'avoir la peau claire", explique-t-il.
"Dans un pays où les habitants sont à 90% noirs, affirmer que son arrière-grand-père était juif, c'est aussi sous-entendre qu'on est blanc."

Marie Reynolds, elle, ne prétend pas avoir des racines juives, ou plutôt elle n'en sait rien.
Les racines juives de la Jamaïque sont profondes.
Certains conversos - Juifs forcés de se convertir pendant l'Inquisition mais continuant à pratiquer le judaïsme en secret – sont peut-être arrivés sur l'île avec Christophe Colomb en 1494 et au cours de ses voyages ultérieurs.

En 1577, les Juifs étaient libres de vivre et de travailler sur l'île mais c'est seulement lorsque les Britanniques ont conquis la Jamaïque en 1655 qu'ils furent autorisés à pratiquer leur religion ouvertement et à établir une communauté juive, des synagogues et des cimetières.
Commerçants, médecins, avocats, comptables, artistes, entrepreneurs et représentants du gouvernement, ils participèrent largement à l'essor de l'activité économique de l'île.

La première synagogue fut construite à Port-Royal dans les années 1600 puis détruite par un tremblement de terre en 1692 qui a rasé une grande partie de la région.

En 1849, nombreux étaient les Juifs qui siégeaient dans l'Assemblée jamaïcaine, celle-ci ne se réunissait jamais à Yom Kippour.
Lorsque la Jamaïque a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1962, son premier ambassadeur aux États-Unis était un homme d'affaires juif et avocat, Neville Ashenheim.

Au plus fort de la vie de la communauté, en 1881, les Juifs représentaient 4,5% de la population de la Jamaïque et comptait 580.000 âmes (17,5% de la population blanche). Aujourd'hui, les Juifs ne représentent plus qu'une petite fraction des 2,6 millions de Jamaïcains.

La communauté n'a ni mohel ni mikve,et aucun commerce casher.
La plupart des cérémonies qui ont lieu sur l'île (bar-mitsva, mariages) sont le fait de résidents partis à l'étranger et qui reviennent le temps de faire la fête, ou d'étrangers qui choisissent ce lieu "exotique" pour donner du cachet à leur événement.

Mais l'an dernier, la synagogue Shaare Shalom a embauché son premier rabbin à temps plein en plus de trois décennies, Dana Evan Kaplan, avec l'objectif d'amener l'assemblée vers plus de pratique et d'accroître ses connaissances.

Malgré le taux de mariages mixtes élevé, la plupart des enfants de ces mariages sont élevés comme Juifs et les conversions sont nombreuses.
Rien qu'au cours de sa première année en tant que rabbin, Dana Evan Kaplan, a supervisé dix-huit conversions, ce qu'il voit comme "l'un des facteurs de la vitalité et le salut du judaïsme jamaïcain.".

Des travaux sont en cours pour référencer, nettoyer et restaurer les treize cimetières juifs de l'île dont un seul est encore en activité.
Et pour Marie Reynolds, l'avenir de la communauté passe aussi par là, le maintien du patrimoine de la communauté : "Les Juifs jamaïcains ont grandi en tant que chrétiens, dit-elle, mais ils reviennent à leurs racines juives et, comme eux, la Jamaïque se transforme".
(avec TofIsraël)

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