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Lundi 21 Mai 2012 / 29 Iyyar 5772
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  CULTURE
Numéro 1077 - 22.02.2012 - 29 Shevat 5772 

Birobidjan, une Terre promise en Sibérie
par Alon HERMET
Réservé à la population juive dès 1928, qui est encouragée sous forme de primes à partir s'y installer, l'Oblast autonome juif du Birobidjan est officiellement créé en 1934 par Joseph Staline.

Lovée dans les méandres du fleuve Amour, inhospitalière et glaciale – les températures peuvent descendre jusqu'à -50°, le choix de cette région fut avant tout politique et tactique. En offrant ainsi une terre au Peuple juif, on ne pouvait accuser le régime soviétique d'antisémitisme.

De plus, contestée par la Chine voisine, il était nécessaire de peupler et de développer cette région où tout était à faire. Enfin, les nombreux intellectuels juifs ainsi éloignés de 7.000 kilomètres de Moscou devenaient moins dangereux, et consacreraient à n'en point douter leur nouvelle existence au travail agricole. C'était du moins ce que pensait Staline.

Bien qu'implantée loin de tous les lieux liturgiques de la communauté juive de Russie, des milliers de personnes décident cependant de partir s'y installer, à la fois en pensant mettre fin à un exode de plusieurs siècles, mais aussi afin de s'éloigner le plus possible d'une Europe devenue folle sous le joug d'Hitler.

Très vite, les premiers immigrants sont rejoints par de nombreux autres, venus de France, des Etats-Unis, ou encore d'Amérique du Sud. Mais même si la population juive frôle, dans sa meilleure période, environ 30.000 âmes, on restait très loin du demi-million qu'espérait Staline.

Avec le yiddish comme langue officielle – l'hébreu, réservé à la liturgie, étant interdit par le pouvoir, le premier "État Juif" sort de terre. Des maisons se construisent par centaines, des routes sont tracées, une synagogue et un théâtre sont érigés, des écoles sont créées… On y publie même un journal en yiddish, "L'Etoile du Birobidjan". Un journal de deux pages, certes, mais un journal quand même.

1945 et la fin de la Seconde guerre mondiale verront l'effondrement du grand projet stalinien. Si dans les trois années suivant la fin du conflit, quelques milliers de juifs s'installent encore au Birobidjan, le mois de mai 1948 et la création de l'Etat d'Israël mettront un terme définitif à cette nouvelle Terre promise. Pour les Juifs du monde entier, il n'est plus question d'aller s'installer sur une terre hostile de Sibérie, certes deux fois plus vaste que leur nouvel Etat, mais…

En 1996, le Birobidjan perd définitivement son caractère de région autonome juive, et il ne reste aujourd'hui que peu de traces du judaïsme, si ce ne sont la synagogue, la ménorah située sur la place de la gare, quelques monuments sur lesquels les noms sont à la fois inscrits en alphabets yiddish et cyrillique, ainsi que les deux pages de "L'Etoile du Birobidjan", rares vestiges de ce qui fut durant une quinzaine d'années le premier "État Juif".

"L'inconnue du Birobidjan" de Marek Halter

Washington, juin 1950. La chasse aux communistes bat son plein aux États Unis. Suspectée d'être un membre du Parti, accusée d'espionnage et de meurtre, entrée illégalement sur le territoire américain, Maria Apron risque la peine capitale.

Moscou, novembre 1932. Parce qu'elle se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, devenue témoin gênant, Marina Andreïva Gousseïev doit fuir la capitale russe, laissant derrière elle sa vie et sa carrière d'actrice.

Sur les conseils avisés du maître du théâtre yiddish, Solomon Mickhoëls, après un voyage de deux semaines à-travers la Russie dans des conditions extrêmes, elle trouve refuge au Birobidjan, une région de Sibérie devenue région autonome juive en 1932 par décision de Staline.

Engagée au théâtre juif de la ville, elle apprend le yiddish, et se réinvente une vie loin de Moscou, tout en se familiarisant avec les coutumes ancestrales d'une religion dont elle ignore tout. Mais une rencontre va bientôt tout faire basculer…

Du Kremlin de Staline à l'Amérique de Nixon et de McCarthy, en passant par les goulags sibériens, Marek Halter nous livre avec ce nouveau roman une poignante histoire où la passion se mêle à l'espionnage, nous replongeant au cœur des us et coutumes de ce qui fut durant une quinzaine d'années le premier État Juif, le Birobidjan.

Un livre que l'on ne referme pas sans une certaine tristesse. Du très bon, du très grand Marek Halter !

"L'inconnue du Birobidjan", éditions Robert Laffont. 21,50€.

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Deux mois après Toulouse, Arie Bensemhoun dans le journal Toulousain



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