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Mardi 17 Septembre 2019 / 17 Elul 5779
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  HISTOIRE
Numéro 1101 - 10.04.2012 - 18 Nisan 5772 

Artur Carlos Barros Basto, le Dreyfus portugais
par Misha Uzan
Artur Carlos Barros Basto fut un héros de la première guerre mondiale et l'un de ceux qui ont contribué à renverser la monarchie portugaise en 1910, pour fonder la République.

C'était aussi un descendant de marrane et bientôt, le fondateur de la nouvelle communauté juive portugaise après 400 ans d'absence juive dans le pays.
Né en 1887, c'est seulement dans les années 20 qu'Arthur Carlos de Barros Basto apprend de son grand-père ses racines juives.
Il part alors pour Tanger et se convertit formellement au judaïsme.

Aux rabbins qui ignoraient la présence de marranes au Portugal, il dit se sentir juif et ne procéder, à travers sa conversion, qu'à une "formalité".
A son retour au pays, il établit la première congrégation juive du Portugal depuis l'expulsion des juifs en 1497.

ll fonde ainsi une école talmudique, un journal communautaire, Halapid, et la synagogue Makor Haim. Ce fut une renaissance après des centaines d'années de clandestinité marrane.
On appelait alors Barros Basto "l'officier prophète", il avait également pris un nom hébraïsé: Abraham Israel Ben-Rosh.

Confiant dans la liberté de culte accordée par la République, Barros Basto partit à la recherche des juifs cachés du Portugal et fonda à Porto sa Yeshiva, organisa une communauté, une vie juive, et des cérémonies de circoncision.

En 1928 néanmoins, le Portugal connaît une nouvelle révolution qui ramène l'Eglise dans les allées du pouvoir.
La liberté des juifs s'en trouve réduite, les prêtres voyant d'un mauvais œil le mouvement de Barros Basto cherchant à ramener de "nouveaux chrétiens" à leurs racines.

A partir des années 30, un gouvernement fasciste prend le pouvoir.
Barros Basto est accusé et reconnu coupable de circoncision et d'homosexualité.

Les circoncisions qu'il organise dans la communauté juive ont été caractérisées comme des "rituels homosexuels avec des jeunes âgés de 17 et 18 ans, qui ont été forcés d'exposer leur organe sexuel". Barros Basto fut alors privé de son titre militaire et de sa pension.

Celui qu'on appelle encore le Dreyfus portugais, ne s'est jamais remis de cette humiliation publique.
Son mouvement a perdu de sa force et s'est quasiment effondré.
Dans les années 1940 et 1950, il connaît presque la misère.

Ignacio Steinhardt, un Israélien qui a émigré du Portugal, a écrit une biographie de Barros Basto. Il y témoigne de la grandeur de l'homme.
En 1961, Barros Basto meurt, incognito. Il fut enterré au cimetière d'Amarante, le village où il est né, vêtu de son uniforme militaire, avec ses médailles et le drapeau national.

Puis vient le 25 Avril 1974 et la révolution de velours au Portugal, qui met fin au pouvoir du dictateur Marcelo Caetano.
En 1975, Léa Barros Basto, sa femme, demande au nouveau Parlement de rendre justice à son mari. Sans succès.
Après la mort de la veuve, la fille du couple prend le relais, sans plus de résultats.
Mais la liberté au Portugal fait essaimer les mouvements de marranes qui reviennent à leurs racines.

Et il y a quelques mois, la petite-fille de Barros Basto, Isabel Ferreira Lopes, fait une nouvelle demande au Parlement portugais :
"Mon grand-père a été victime de l'antisémitisme des années 1930.

J'ai demandé au Parlement de le réintégrer dans l'armée afin de rétablir son nom, je crois que c'est ce qui va se passer, parce qu'il y a maintenant un très large consensus dans la société portugaise. Les politiciens, des journalistes, l'association du barreau et les citoyens en général ont compris la nécessité de modifier une décision antisémite de l'époque."

Il semble que tous les partis politiques au Portugal estiment cette demande justifiée et soient prêts à l'accueillir.

Le président de la commission en charge de l'étude du dossier, Fernando Negrao, a indiqué que le nom de Barros Basto est une question de grande importance et "nécessite une discussion en profondeur".

La petite fille de Barros Basto espère qu'enfin justice lui sera rendue :
"Dans ma famille nous sommes très fiers de mon grand-père. Si nous parvenons à faire reconnaître son nom, cela signifierait que nous avons gagné une bataille qui a été menée pendant trois générations.
Pour ma grand-mère, ma mère et moi, cela signifie que nous allons enfin obtenir une certaine compensation pour les souffrances sans fins de mon grand-père, et que notre amour pour lui sera parvenu à faire justice."

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Le journal video (en anglais)