Accusée de complot, l'armée turque dans la tourmente
par Sarah Cohen
L'armée, l'un des piliers de l'État laïque turc, voit à nouveau son influence et sa réputation vaciller sous les coups de la justice et du gouvernement d'inspiration musulmane au pouvoir depuis 2002..
Plusieurs procureurs ont fait procéder à l'arrestation de membres importants de la hiérarchie militaire turque.
L'opération – "Marteau de forge"- vise 49 officiers qui auraient tenté en 2003, de déstabiliser le gouvernement de l'actuel Premier ministre Erdogan.
Mercredi, 7 officiers supérieurs –dont 4 amiraux et un général – ont été jetés en prison et plusieurs officiers généraux étaient interrogés.
Dans le passé, à plusieurs reprises, l'armée turque - garante de la laïcité instaurée par Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne – avait pris le pouvoir pour maintenir le pays au cœur de ses principes.
Face à la crise ouverte entre l'armée et le gouvernement musulman, l'opposition réclame des élections anticipées, ce que le parti au pouvoir et le Premier ministre refusent.
Dans la journée, la justice a ordonné l'incarcération de huit nouveaux officiers, dont cinq militaires en poste et deux généraux, portant à vingt le nombre d'officiers de haut rang inculpés et écroués.
Mardi, le chef d'état-major avait qualifié la crise de "sérieuse", tout en précisant que "le temps des coups d'Etat était révolu en Turquie"; entre 1961 et 1998, l'armée avait, à quatre reprises, pris le pouvoir des mains des politiques, pour rétablir selon elle, la république laïque.
Le Premier ministre a rencontré jeudi le chef d'état-major de l'armée, en présence du président Abdullah Gül, pour tenter de désamorcer les tensions politiques provoquées par l'enquête et les arrestations.
Dans une déclaration commune diffusée à l'issue de cette rencontre exceptionnelle de trois heures, les trois hommes affirment que "le public doit être assuré que ces affaires seront traitées en accord avec la loi et chacun doit agir de façon responsable pour ne pas nuire aux institutions".
L'enquête, et les preuves mises à jour ont, fait nouveau, déstabilisé l'armée d'autant que la justice, nouvelle venue sur l'échiquier de l'équilibre politique turc, semble jouer sa propre carte, en travaillant de manière semble-t-il indépendante.
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